La Suisse, valeur refuge à bon prix?

mardi, 24.07.2018

Depuis début 2016, les actions suisses ont commencé à prendre des couleurs, comme le montre leur Price-to-Earnings ratio réalisé atteignant une valeur de 25x pour le SMI et le SPI.

Jean-Marc Thorin*

Les solutions indicielles et «minimum variance» passives ont tendance à se baser sur une gestion des risques incomplète, exposant les investisseurs à des paris qui ne seront pas récompensés sur le long terme.

Malgré des corrections sur le marché en février et mai 2018, les actions suisses restent chères par rapport à leur historique, sans pour autant démontrer de signes d’exubérance irrationnelle.

Depuis début 2016, les actions suisses ont commencé à prendre des couleurs, comme le montre leur Price-to-Earnings ratio réalisé atteignant une valeur de 25x pour le Swiss Market Index (SMI) et le Swiss Performance Index (SPI). Même sur les marchés à terme, le SPI traite au-dessus de son historique de long terme.

Au vu de l’environnement économique européen actuel, de telles valorisations peuvent constituer un sérieux risque pour les investisseurs. Quatre sources pouvant potentiellement mener à un accroissement de la volatilité sont actuellement à craindre :

1) Les cabrioles de la politique italienne pourront être dangereuses pour la zone Euro, poussant ses marchés dans le rouge. Le pire des scénarios – les Buoni del Tesoro Poliannuali italiens subissant une décote et un «Italexit» – pourrait mener vers une course aux valeurs refuges, conduisant le franc suisse à s’apprécier. De tels événements dégraderaient la compétitivité de la Suisse, créant une pression additionnelle sur les marchés actions.

2) Même si la normalisation de la politique de la Banque centrale européenne reste floue, cette dernière pourrait décider de resserrer sa politique monétaire plus vite qu’attendu par le marché, ce qui se ferait au détriment du marché action suisse qui a tendance à être plus défensif par nature.

3) La politique de l’administration Trump visant à appliquer des tarifs douaniers sur les biens importés d’Europe, de Chine, du Canada et du Mexique constitue une troisième source de risque qui pourrait par le jeu des contre-sanctions ralentir le commerce mondial.

4) Le ralentissement de la Chine, la croissance de sa dette ainsi que son impact sur la croissance globale constituent une nouvelle menace envers les marchés actions.

La prudence reste ainsi de mise vis-à-vis des compartiments du marché aux valorisations déjà trop élevées. Comme les solutions indicielles et «minimum variance» passives ont naturellement tendance à se baser sur une gestion des risques incomplète, elles recèlent des dangers dans un environnement de marché incertain, exposant les investisseurs à des paris qui ne seront pas récompensés sur le long terme.

Des portefeuilles actions conçus pour gérer un large spectre de risques, comme entre autres le risque de surévaluation, sont à favoriser.

* Gérant de portefeuille clients, équipe Actions, Unigestion






 
 

AGEFI




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