Le système suisse des trois piliers est en perte de vitesse

dimanche, 25.11.2018

Démographie, rentabilité insuffisante des marchés et incitations fiscales inopportunes mettent la prévoyance à rude épreuve.

Olivier Parenteau*

La prévention retraite suisse n’est plus dans le peloton de tête. Dans le classement de la société de conseil Mercer, la Suisse est passée du huitième au onzième rang cette année – dans le comparatif international des systèmes de prévoyance de 34 pays. Les Pays-Bas, le Danemark et la Finlande forment le trio de tête, tandis que les États-Unis et le Japon occupent le bas du classement des pays les plus importants. De manière générale, les pays scandinaves figurent en bonne position parce que conformément à l’espérance de vie accrue, ils ont su augmenter l’âge de la retraite. Le système suisse des trois piliers, longtemps considéré comme un modèle à l’échelon international, et encore classé au quatrième rang du classement Mercer en 2015, a nettement perdu du terrain. 

Notre système de prévoyance a certes des atouts à faire valoir, mais l’objectif initial mis en œuvre dans les trois piliers ne peut plus être atteint. L’AVS est censée assurer le minimum vital, la prévoyance professionnelle (LPP) le maintien du niveau de vie habituel, et le troisième pilier a pour fonction de fournir les moyens pour couvrir des besoins supplémentaires. Or, aujourd’hui, l’AVS est un chantier d’assainissement continuel, dans le 2e pilier il n’y a bientôt plus que l’État qui soit disposé à mettre en œuvre des plans basés sur la primauté des cotisations, et cela a pour conséquence que la population se voit de plus en plus inviter à recourir au 3e pilier pour couvrir les déficits en matière de prévoyance. 

Les rentes mensuelles futures sont trop faibles

Si l’on compare la situation au niveau international, on constate qu’en Suisse, la prévoyance professionnelle dispose d’un capital très important au vu de la performance économique du pays. Mais si l’on se réfère aux promesses de retraite, plusieurs aspects apparaissent moins reluisants. En raison de l’abaissement nécessaire des taux de conversion, les futures rentes mensuelles versées par les caisses de pension seront moins importantes. Ceci concerne surtout les jeunes assurés: selon les calculs de l’OCDE, une personne âgée aujourd’hui de 22 ans ne touchera, en provenance de l’AVS 

et de la LPP, des rentes n’équivalent qu’à 45 % de son dernier revenu au moment de partir à la retraite – au lieu des 60 % souhaités. La redistribution de «jeune» à «vieux» a pris une ampleur que l’on peut juger limite. 

L’évolution démographique, alliée à une espérance de vie accrue, des modes de travail et de vie plus flexibles, d’importantes restructurations, y compris avec des retraites anticipées, ainsi que le fait que les salaires n’augmentent plus automatiquement d’année en année, tout cela met les institutions de prévoyance et les fonds de pension en difficulté. La répression financière faisant suite à la crise financière internationale – aboutissant à une hausse de la masse monétaire des banques centrales – a entraîné un effondrement des taux d’intérêts. Les caisses de pension, qui en raison des dispositions réglementaires sont tenues d’avoir une forte proportion de placements à taux fixe, souffrent particulièrement durement de la rentabilité faiblissante. Le marché des capitaux, qui représente le «troisième contributeur», ne fournit donc plus les contributions nécessaires, et comme durant une période bien trop longue les taux de conversion n’ont pas été baissés, et ce pour des motifs politiques, plus d’une caisse de pension s’est retrouvée dans une situation critique.

Aujourd’hui encore, nombreux sont les acteurs du monde politique qui refusent de regarder la réalité en face. Les réformes consensuelles prévues ne vont pas assez loin, ou sont trop complexes ou bien opaques. La décision récente du Conseil fédéral de maintenir le taux LPP minimum à 1 % pour l’année 2019 va dans le même sens. L’association des caisses de pension et les employeurs avaient espéré une baisse du taux.

Restreindre les retraits de capital

Quelles sont les solutions à envisager? Tout d’abord, il convient de rehausser progressivement l’âge de la retraite – aucune mesure ne pourra faire l’impasse sur cette nécessité. Ensuite, il faut baisser (encore davantage) les taux de conversion et les taux d’intérêts minimums dans le cadre de la prévoyance professionnelle. Par ailleurs, il convient de renforcer les incitations fiscales à l’épargne dans le 3e pilier, car la déduction annuelle autorisée de 6768 francs, limite maximum en vigueur aujourd’hui, est insuffisante pour combler les lacunes par rapport à l’invalidité, au décès et à la vieillesse. 

Un autre aspect à revoir est celui de l’encouragement à la propriété du logement (EPL). Les versements EPL anticipés, que beaucoup affectionnent, doivent être restreints, en les limitant par exemple à la partie surobligatoire ou à 25 % du capital de retraite. Ces versements de capital réduisent en effet le flux des rentes de vieillesse à vie et par conséquent, la sécurité financière des personnes concernées. En outre, il convient de faire en sorte qu’une personne se lançant dans une activité commerciale indépendante ne puisse pas non plus entamer ce capital. Le fait que la perception d’un capital unique, au moment du départ à la retraite, bénéficie d’un taux d’imposition moindre que les rentes est une incitation fiscale inopportune. Cette erreur doit être corrigée. 

En revanche, conformément à l’esprit de solidarité, les allocations concernant les personnes actives sans enfants devraient être augmentées. On pourrait envisager le financement par le biais de taux de TVA plus élevés. Et finalement, il faudrait donner aux caisses de pension la possibilité d’améliorer elles-mêmes leur taux de rendement, qui actuellement se situe souvent nettement au-dessous du seuil de rentabilité de consigne, en leur permettant une plus grande flexibilité en termes de répartition des actifs.

*Membre de la direction de Maklerzentrum Schweiz






 
 

AGEFI



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