Démocratie directe: le souverain éclairé

mardi, 15.09.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Dans notre existence quotidienne, nous ne prenons de décisions qu’en connaissance de cause. A quelle heure part le TGV pour Paris? Va-t-il pleuvoir aujourd’hui? Que pensent les clients de ce restaurant? L’expérience nous a appris que nous nous déplaçons dans un environnement, qui présente des pièges au point qu’il est bon de s’informer avant de s’y aventurer. Dans la mesure des informations disponibles, nous tâchons d’être des consommateurs éclairés, qui font le meilleur usage de leur argent en puisant des informations dans les médias spécialisés.

Au siècle des Lumières, certains rois et reines furent considérés par les historiens comme des despotes éclairés, en ce sens qu’ils s’écartaient du rôle traditionnel de monarque absolu, obsédé par sa gloire, vivant dans la magnificence, pour s’intéresser enfin au sort de leurs peuples. Frédéric de Prusse ou Catherine de Russie avaient une autre conception de leur rôle que Louis XIV.

La Suisse se distingue de toutes les autres nations par l’institution de la démocratie directe. Plus républicain que la Suisse n’existe pas. Le mode de fonctionnement de la Confédération est unique en son genre. Des décisions ont beau être échafaudées par le Conseil fédéral, débattues et arrêtées par les deux Chambres du Parlement, elles peuvent ou même doivent être soumises au peuple, qui possède le droit de les refuser et qui ne s’en prive pas.

Bien évidemment, le peuple n’a pas toujours raison. Mais, même alors, il a le dernier mot. Il sait donc qu’il doit assumer tous ses choix politiques et qu’il ne peut jamais se défausser sur une classe dirigeante.

Le souverain populaire suisse est-il à l’image de Louis XIV ou de Frédéric de Prusse? Est-ce un monarque absolu, prenant des décisions, parce que tel est son bon plaisir? Ou bien s’efforce-t-il d’éclairer ses décisions par une information de qualité? Puisque souverain populaire il y a, que faire pour que ce soit un despote éclairé?

En règle générale, les décisions populaires sont heureuses. Elles reflètent le consensus de l’opinion publique. En matière de formation, de protection sociale, de santé, de sécurité, le peuple suisse se prononce comme un despote éclairé. Mais comme tout despote, il a aussi des lubies. Par exemple, il a décidé d’inscrire dans l’article 72 de la Constitution l’interdiction de construire des minarets. Cela semble plutôt contradictoire avec l’article 15 garantissant la liberté de croyance.

Le peuple était-il éclairé? Qu’est-ce que cela signifie sur l’image qu’il se fait de l’Islam? Certains cantons ont jadis interdit la construction de clochers pour les églises ou les temples, selon leur confession dominante. C’est donc une vieille habitude qui consiste à mêler les apparences de la religion avec la réalité de la politique

Néanmoins le bilan global des institutions suisses est excellent et dépasse celui de la plupart des pays.

Il faut les préserver. Mais en même temps admettre que l’assemblée des despotes populaires est affligée des inévitables défauts de toute réunion d’humains. Elle se trompe donc parfois.

Il est important qu’elle l’apprenne, qu’elle l’intériorise et qu’elle ne s’enorgueillisse pas de ce qu’elle n’est pas, l’expression d’une illumination par le Saint Esprit.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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