Le coronavirus pourrait gripper la croissance mondiale

mardi, 04.02.2020

Déjà attendue à son plus bas niveau depuis la crise financière de 2008-2009, la croissance mondiale est en passe de subir un nouveau coup de froid avec la propagation du coronavirus.

Plusieurs économistes ont présenté le tourisme comme la première victime économique de l'épidémie de pneumonie virale. (Keystone)

La propagation du coronavirus en Chine, deuxième économie mondiale, pourrait gripper un peu plus une croissance mondiale déjà affaiblie, en se transmettant via les pays exportateurs et les émergents, en particulier les producteurs de pétrole, avertissent les experts.

La croissance mondiale n'avait pas besoin de ce coup de froid: malmenée par la guerre commerciale entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires économiques, elle était déjà attendue cette année par l'OCDE à 2,9%, son niveau le plus bas depuis la crise financière de 2008-2009.

A l'image du président de la banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, qui avait relevé la semaine dernière "l'incertitude" planant sur l'économie mondiale, plusieurs économistes s'inquiètent des effets hors de Chine d'un ralentissement à la fois de la production et de la demande de la deuxième économie mondiale.

"Plus les perturbations seront grandes en Chine, plus elles seront susceptibles de se propager à l'étranger", a prévenu Neil Shearing, chef économiste de Capital Economics, après la décision de plusieurs entreprises comme Toyota de prolonger d'une semaine les vacances du Nouvel An chinois.

"Un ralentissement de la demande intérieure chinoise aurait clairement un impact sur l'économie mondiale, au moment précis où elle tente de se remettre des conséquences de la guerre commerciale subies l'année dernière et en 2018", a souligné la banque néerlandaise ING dans une note.

"On peut estimer que la Chine pourrait perdre 1 point sur son PIB de l'année pleine et cela enlèverait mécaniquement 0,4 point du PIB mondial", a affirmé Michala Markussen, cheffe économiste de la Société générale, qui a toutefois qualifié cette hypothèse de "relativement bénigne".

Le coronavirus a déjà tué plus que celui du Sras, (syndrome respiratoire aigu sévère), qui y avait fait 349 victimes en 2002-2003, mais pour les économistes, la comparaison avec cette épidémie que la Chine avait rapidement surmontée économiquement, et dont les répercussions avaient été modérées pour la croissance mondiale, ne tient pas.

"Même s'il est tentant de faire des comparaisons, l'économie chinoise est de nos jours beaucoup plus grande et beaucoup plus intégrée dans les chaînes d'approvisionnement internationales", a rappelé M. Shearing.

Le ralentissement de la Chine, dont la croissance était attendue pour cette année sous la barre symbolique des 6% avant même l'irruption du coronavirus, pourrait peser d'abord sur les pays qui ont des liens économiques très étroits avec elle, comme "Taïwan, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Hongrie et l'Indonésie", a souligné l'assureur Allianz.

D'autres, comme l'Allemagne, pourraient aussi être touchés, comme l'a souligné Phil Smith, économiste IHS Markit, qui s'attend à "un impact sur les exportations de l'industrie allemande (...) dans les prochains mois".

Emergents en première ligne

Pour M. Shearing, la propagation pourrait aussi s'étendre "aux pays producteurs de matières premières comme le Chili et l'Australie", qui avaient déjà été pénalisés par le ralentissement de la demande chinoise l'an dernier et qui pourraient subir une détérioration supplémentaire de leurs exportations.

"La Chine est le pivot du marché mondial des matières premières", a rappelé ING. "Plus les usines resteront fermées, les mesures de restriction sur les voyages maintenues et le secteur de la construction en panne, plus les conséquences sur la demande de matières premières seront grandes".

Les prix du pétrole se sont d'ailleurs retrouvés rapidement sous pression et ont plongé de 20% en un mois.

"L'épidémie de coronavirus pourrait freiner l'augmentation de la demande de pétrole si elle continue de s'étendre, entraînant des excédents (d'offre) avec la hausse de la production au Brésil, en Norvège et aux Etats-Unis", a souligné l'agence de notation Fitch dans une note.

Par ailleurs, plusieurs économistes ont présenté le tourisme comme la première victime économique de l'épidémie de pneumonie virale. "Les touristes chinois dépensant beaucoup d'argent dans les pays asiatiques, le coût des interdictions de voyager se répercutera sur la région", a estimé M. Shearing. (awp)






 
 

AGEFI




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