Déficit de l’AVS: il n’y a qu’à…

mercredi, 15.08.2018

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Plus que les sondages et les meilleures analyses de l’opinion publique, les lettres de lecteurs publiées dans les quotidiens révèlent la réalité de la politique. A titre d’exemple, une lettre publiée récemment par 24 Heures propose une méthode inédite pour pallier les difficultés de l’AVS. On peut déjà se réjouir qu’un citoyen moyen ait fini par réaliser que l’avenir lointain de cette pension est précaire, du fait de la prolongation de l’espérance de vie et du déficit des naissances. Mais le remède qu’il propose laisse pantois.

Selon lui, il faudrait multiplier les radars le long des autoroutes pour pénaliser les chauffards et affecter les amendes au soutien de l’AVS. «Il n’y a qu’à» faire cela pour résoudre le problème. Si c’était aussi facile, il y a longtemps que cela aurait été fait. Mais la cible de la lettre du lecteur porte sur les décideurs politiques: pour ce citoyen, ils sont stupides, incompétents voire complices. Telle est la redoutable signification du «il n’y a qu’à»: jeter la suspicion sur les institutions.

Ce véritable paradoxe

Bien évidemment, ce n’est pas une solution parce que le pactole des amendes se compte en millions et le déficit de l’AVS en milliards. De plus les amendes ne sont pas édictées pour être perçues, mais pour dissuader les contrevenants et, dès lors, pour dégager une recette décroissante à la mesure de leur efficacité. Si l’on pose un radar tous les kilomètres, ils ne rapportent plus rien.

Cette lettre dévoile le véritable paradoxe du débat sur l’AVS: la seule solution définitive ne peut même pas être évoquée. La thèse actuelle du Conseil fédéral relève aussi du «il n’y a qu’à», à savoir augmenter la TVA parce que c’est une forme de prélèvement obligatoire considérée comme indolore. C’est ne pas prendre en considération que les retraités dépensent pour leur subsistance la totalité de leur pension et que leur pouvoir d’achat diminue donc avec une hausse de la TVA. C’est reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre et préserver les apparences. C’est en fait diminuer les pensions. Mais c’est bien la seule solution politiquement acceptable.

Un équilibre précaire

Depuis la création de l’AVS, l’espérance de vie à 65 ans a doublé. On peut s’en réjouir mais on doit aussi en tirer les conséquences.  Il y a trois paramètres: les cotisations, les pensions et la durée du travail. On a utilisé les deux premiers, on n’a pas touché au troisième par crainte d’un échec programmé devant le peuple. Il faudrait réussir à lui expliquer que la politique ne peut fonctionner à base de «il n’y a qu’à». C’est un équilibre précaire entre les recettes provenant de douloureux prélèvements obligatoires et les nécessaires dépenses sociales, toujours plus sollicitées. Un politicien n’est pas un magicien doté d’une baguette appelée «il n’y a qu’à».

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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