L’industrie minière essentielle à la transition écologique

jeudi, 09.07.2020

De nouvelles techniques d’extraction peuvent diminuer la consommation de produits chimiques, d’eau et d’énergie.

Masja Zandbergen*

L’industrie minière est complexe et souvent con­sidérée comme non durable. 

Elle est en effet confrontée à de nombreux enjeux de durabilité, allant de la protection de l’environnement à la réduction de la consommation d’eau, jusqu’au maintien de bons rapports avec les communautés locales et à la bonne gestion des sites d’extraction en fin de vie.

Pourtant, les minéraux sont intrinsèquement liés à l’avènement de l’humanité et de la civilisation. Et notre avenir vert en dépend. Le passage aux véhicules électriques constituera un moteur essentiel de la future demande de métaux. 

Selon les estimations, les besoins supplémentaires qui permettront aux véhicules électriques d’atteindre une part de marché de 30% (soit 30 millions d’unités vendues d’ici à 2030) seront les suivants:

- 4,1 millions de tonnes de cuivre (18% de la production 2017),

- 1,1 million de tonnes de nickel (55% de la production 2017), 

- 314 000 tonnes de cobalt (332% de la production 2017).

D’autres éléments de terres rares (ETR) moins connus sont également essentiels dans les éoliennes et les voitures électriques. Celles-ci utilisent des aimants permanents pour convertir l’énergie, lesquels font partie intégrante des fonctionnalités de leurs moteurs et générateurs légers et ultra-puissants. 

La masse totale des ETR utilisés dépend de l’application prévue et du fabricant; elle peut varier de plusieurs centaines de kilos pour une éolienne à seulement un kilo pour un véhicule électrique. Et leur utilisation augmente considérablement: d’après une étude, la demande de dysprosium et de néodymium pourrait augmenter de respectivement de 700% et 2600% dans les 25 prochaines années, dans un scénario au fil de l’eau.

Une transition énergétique aux dépens de la vie marine?

Cette évolution a fait grimper le coût de nombreux éléments de terres rares, ce qui joue en faveur de l’exploitation minière des grands fonds marins. Certains contiennent en effet les plus grandes réserves mondiales de cobalt, de nickel et d’autres métaux précieux. Longtemps attendue, la réglementation du secteur devrait être finalisée cette année, sous forme d’un code minier sous-marin.

Toutefois, les scientifiques et les écologistes craignent que l’élaboration d’une telle réglementation encourage l’industrie à commencer ses activités minières bien avant d’avoir suffisamment d’informations quant aux façons d’éviter de graves dégâts environnementaux. 

Les rares données disponibles suggèrent que l’extraction en eaux profondes aura des conséquences désastreuses et potentiellement irréversibles sur la vie marine.

Innovation, innovation, innovation...

Pour certains minéraux, l’industrie continue d’utiliser des technologies de traitement quasiment identiques à celles mises au point il y a 50 ans. Les possibilités d’innovation sont donc importantes.

En général, le modèle économique de l’industrie minière repose sur le développement à grande échelle.

L’extraction massive d’actifs miniers se traduit également par une augmentation des empreintes environnementales et des quantités de déchets. L’innovation est par conséquent nécessaire pour apaiser certaines de ces craintes. La mise au point de nouvelles technologies de séparation est considérée comme l’un des plus grands défis de l’industrie.

De nouvelles techniques peuvent améliorer le traitement des minéraux grâce à une consommation minimale de produits chimiques, d’eau et d’énergie. Bien qu’encore relativement nouvelles, les solutions génomiques sont d’ores et déjà utilisées pour assainir les sols pollués, améliorer le drainage et réduire les menaces sur la biodiversité, grâce à la biosurveillance.

Le secteur financier peut jouer un rôle crucial dans ce processus de transition vers une économie bas carbone. 

Certains des plus grands groupes miniers qui souhaitent abandonner les combustibles fossiles et rendre leurs opérations plus durables devraient être en mesure de réduire leur coût du capital.

Par ailleurs, ils risqueront moins d’être exclus par les investisseurs. Si les valeurs minières sont capables de mieux gérer les principaux enjeux de durabilité auxquels elles font face, elles deviendront un élément clé de la solution!

* Responsable de l’intégration ESG, Robeco






 
 

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