De l’inutilité de réguler davantage le marché immobilier

jeudi, 09.01.2020

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Le prix des loyers baisse en Suisse. C’est ce qu’ont révélé les derniers indices de la branche dont les résultats sont parus dans la presse cette semaine, au grand dam de l’Asloca, association de défense des locataires qui a lancé l’initiative sur les logements abordables, soumise au vote le 9 février. 

On peut discuter des statistiques et de la manière de comptabiliser les chiffres, mais les faits sont têtus. Entre 2007 et 2013, la population suisse a augmenté de 100.000 personnes par an. Il aurait fallu construire 50.000 logements par an, mais seuls 43.000 l’ont été. Il en a résulté une pénurie de logement aggravée, le taux de vacance étant passé de 1,06% en 2006 à 0,95% en 2012. En 2016, il était pourtant remonté à 1,3%. En effet, depuis 2013, le marché du logement s’est détendu en Suisse; le nombre de logements vides a augmenté et les prix ont baissé. Depuis 20 ans, la Suisse n’a jamais compté autant de logements à louer. Au 1er juin 2019, l’Office fédéral de la statistique a fait état de 75.323 logement inoccupés dans le pays.

Le marché immobilier fluctue en fonction de différents éléments, comme la conjoncture économique européenne – du fait de la croissance économique en Europe, le solde migratoire de ses ressortissants a diminué de moitié entre 2013 et 2018, passant de 61.000 à 30.900 personnes –, le nombre de logements construits, la démographie, etc. Faut-il donc le réguler plus fermement comme le propose l’initiative, qui demande que 10% de tous les logements soient en mains de maîtres d’ouvrage d’utilité publique? Non. En tout premier lieu parce que ce quota de 10% devrait s’appliquer dans toute la Suisse, sans distinction des besoins régionaux. Or, la situation du marché du logement varie avec le temps et d’une région à l’autre. Les cantons ont depuis de nombreuses années fait le nécessaire en fonction de leur population. Ainsi, à Genève, il y a déjà plus de 10% de logements d’utilité publique, contre moins de 5% en Suisse. Imaginons un petit canton qui n’a que 3% de logements d’utilité publique: devra-t-il ne construire plus que ce type de logements ces prochaines années pour atteindre coûte que coûte son quota, alors qu’il n’en a pas besoin?

Se pose également la question du travail administratif supplémentaire pour vérifier que les 10% sont respectés, qui freinerait d’autant la délivrance des permis de construire. La construction de logements s’en trouverait ralentie, alors que c’est justement cela qu’il faut éviter. 

Enfin, les rénovations énergétiques des immeubles ne pourraient être soutenues par les collectivités publiques que si le nombre total de logements à loyer modéré en Suisse restait inchangé. Cela aurait pour conséquence de décourager les travaux en faveur de l’environnement, les propriétaires ne pouvant plus répercuter leur coût sur les loyers. 

Sous un titre aguicheur, cette initiative est anti-fédéraliste et fort peu écologique. En Suisse, on ne peut décréter un quota valable en tout lieu et en tout temps, qui fait fi des réalités locales. Même la France, ultra-centralisée, a échoué avec ce type d’approche: elle manque de logements sociaux dans les grandes villes et voit des HLM vides dans ses régions excentrées. Ne répétons pas les erreurs des autres et profitons du crédit-cadre de 250 millions de francs proposé par la Confédération pour encourager la construction de logements d’utilité publique de manière ciblée en cas de refus de ce texte. C’est la voix de la raison.

* FER






 
 

AGEFI




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