Bientôt la capitulation?

mardi, 30.10.2018

Dans un environnement incertain, une forte sélectivité est plus que jamais de mise et il est probablement nécessaire d’être plus prudent en termes d’allocation.

Olivier de Berranger *

Olivier de Berranger

Le rebond aura été de courte durée. Alors que les marchés actions avaient conclu la semaine précédente sur une note positive, ils sont repartis à la baisse ces derniers jours, sans que de nouveaux éléments ne viennent expliquer cette rechute: ni la dégradation de la note de l’Italie par Moody’s, qu’elle a assortie d’une perspective stable qui a plutôt rassuré les marchés, ni la publication de PMI préliminaires d’octobre décevants en zone euro et notamment en Allemagne, ni les nouveaux warnings qui ont émaillé la période des publications de résultats d’entreprises ne sont véritablement en cause.  

En réalité, le triptyque de fond reste le même: resserrement monétaire américain et reflux de la liquidité mondiale, incertitude politique (Italie, Brexit…) et craintes liées à la l’évolution de la croissance mondiale, en particulier en Chine. Notons qu’à ce stade, le mouvement tient essentiellement à la baisse des multiples de valorisation des marchés actions et qu’il n’y a guère de contagion aux autres classes d’actifs. Le crédit européen reste stable, et des actifs plus sensibles comme la dette émergente connaissent des fluctuations relativement modestes. Alors que la plupart des indices actions ont chuté de 7% à 12% depuis le début du mois, on peut se demander si les marchés ont capitulé, et si le moment est venu de chercher des points d’entrée.

En termes globaux, il est difficile de répondre de manière certaine. Pourtant, même si la baisse est susceptible de se poursuivre à très court terme, les points d’inflexion semblent proches. Les fonds systématiques, à la manœuvre lors de la première phase de la baisse des marchés, ont sorti une bonne partie de leurs positions et devraient être moins actifs. La contribution de la microéconomie, par le biais des résultats d’entreprises et du retour des rachats d’actions aux Etats-Unis avec la fin de la période de black-out, pourrait alimenter un rebond. Enfin, la croissance américaine est ressortie au-dessus des attentes vendredi (à 3,5% contre 3,3% attendu), un élément prompt à rassurer les marchés. S’il est sans doute un peu tôt pour revenir de manière massive et indifférenciée sur les actions, il peut être intéressant de commencer à reconstruire des positions.

De plus, titre par titre, des opportunités commencent à voir le jour. En Europe, nombreuses sont les entreprises ayant publié de bons chiffres, et qui ont malgré tout été entraînées dans la tourmente. De la même façon, certains titres traitent sur des multiples similaires à ceux d’il y a 3 ou 4 ans alors que les entreprises sont devenues plus solides, et d’autres affichent des valorisations décotées alors qu’ils étaient, il y a quelques mois à peine, les favoris de l’univers croissance.

Dans cet environnement, une forte sélectivité est plus que jamais de mise et il est probablement nécessaire d’être plus prudent en termes d’allocation. Néanmoins, pour les stock-pickers, ces phases de marché peuvent offrir d’excellents points d’entrée sur des titres de qualité injustement sanctionnés.

Zoom sur deux titres

PEUGEOT. Le constructeur français a publié un chiffre d’affaires en hausse de 2,9% au troisième trimestre - un résultat porté par le redressement de la marge d’OPEL-VAUXHALL - et s’est montré optimiste sur les prochains trimestres. À 15,4 milliards d’euros, le chiffre d’affaires ne ressort que très légèrement en-dessous des attentes (15,7 milliards), malgré une baisse notable des volumes sur les marques historiques du groupe (PEUGEOT, CITROËN et DS). Cette dernière a été en effet plus que compensée par un meilleur mix-produit, avec une contribution positive sur le trimestre de l’effet prix et de la montée en gamme de certains modèles - un phénomène qui devrait perdurer en 2019. A l’inverse, les nouvelles marques du groupe, à savoir le couple OPEL-VAUXHALL intégré en août 2017, ont vu leurs volumes progresser. Le principal objectif de PEUGEOT reste néanmoins de faire converger la rentabilité de ces modèles vers celle des marques historiques, avec dans un second temps l’augmentation du volume des ventes. Enfin, c’est principalement au marché Européen que le groupe doit la progression de son chiffre d’affaires. L’environnement reste tendu en Chine en raison d’un problème de surcapacité, et les émergents sont les principaux contributeurs négatifs au résultat du troisième trimestre à cause des volumes mais également des effets de change. La société a abaissé ses perspectives de croissance en Chine et en Amérique Latine mais a néanmoins confirmé les objectifs de son plan de croissance. Elle se montre confiante pour le 4e trimestre 2018 et pour l’année 2019, en particulier en Europe.

RELX. Un trimestre à l’image des précédents pour le groupe d’édition RELX, qui délivre 4% de croissance organique. Au premier semestre, le groupe avait signalé un ralentissement du déclin du livre papier, mais celui-ci n’a pas duré. A l’inverse, la croissance des revenus des salons professionnels est passée de +5 à +6%, tandis que les tendances des autres divisions du groupe restent inchangées. Les objectifs sur l’année ont été réaffirmés et le groupe a continué de redéployer sa trésorerie via une série d’acquisitions (près d’1 milliard de livres dépensé depuis le début de l’année), et des rachats d’actions (650 millions de livres d’actions ont déjà été rachetées sur les 700 millions du programme initial). Nous continuons d’apprécier le caractère défensif de RELX, et la stabilité des multiples de valorisation du groupe par rapport à d’autres valeurs défensives.

* CIO, La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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