Dans un débat, le plus important n’est pas de parler mais d’écouter!

jeudi, 10.09.2020

Céline Renaud *

Céline Renaud

Un mardi matin, dans les locaux d’une école privée à Etoy, nous sommes réunis pour enregistrer les capsules vidéo à l’intention d’adolescents et de jeunes adultes. Le but est de les accompagner pour participer à un procès sur l’intelligence artificielle.

L’idée de la fondation Empowerment, initiatrice du projet, est d’une part de les informer et de les sensibiliser à l’intelligence artificielle, de comprendre que c’est une opportunité extraordinaire pour l’humanité, qu’il ne faut pas la craindre et que l’aspect humain reste primordial. D’autre part, cela apprend également aux jeunes les tenants et les aboutissants d’un procès, les parties opposées, c’est-à-dire la défense et l’accusation, le rôle du procureur et du président ainsi que du jury. Ces capsules vidéo que je dois produire servent à coacher ces jeunes sur l’art oratoire et l’éloquence.

Trop souvent dans un débat, nous sommes focalisés à dire ce que nous voulons dire. Nous n’écoutons pas ce qui se dit en face mais nous attendons la moindre petite pause pour intervenir et dire ce que nous avons à dire. Nous ferions mieux d’écouter attentivement .. et d’observer! Car le plus important dans un débat n’est pas de parler mais bien d’écouter! C’est en écoutant ce qui est dit et en rebondissant là-dessus que nous pouvons faire toute la différence. Utiliser les mots employés par la partie adverse et les remettre dans le bon contexte. Le but est d’écouter pour comprendre au lieu d’écouter pour répondre. Cela force le respect des auditeurs et capte l’attention. Cela démontre également du professionnalisme et donne du crédit. Nous nous sentons tout puissant et cela tend à déstabiliser les opposants qui ne savent plus comment réagir. Ils auront tendance à se justifier ce qui les décrédibilisera. Et c’est terriblement efficace.

L’écoute active est une arme puissante pour convaincre. Il faut se concentrer sur ... l’autre. C’est la capacité à se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre et répondre. Les meilleurs débats se basent sur l’analyse de l’ensemble des données recueillies auprès de vos interlocuteurs, à savoir le langage verbal, donc les mots, les sujets, les sous-entendus, ce qui se trame et le non verbal, la posture, la gestuelle, les mimiques et les intonations.

Un magnifique exemple qui illustre la chose est un des débats les plus célèbres entre Jacques Chirac, alors Premier ministre et François Mitterrand, Président de la République, tous deux candidats à la Présidence. Jacques Chirac dit qu’à ce moment-là, ils ne sont plus leurs rôles respectifs (ndlr: à savoir Président et Premier ministre) mais deux candidats et ainsi Jacques Chirac se permet d’appeler le président de la république «Monsieur Mitterrand». Ce à quoi l’intéressé a répondu «Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre»! Et Mitterrand gagnera ces élections en 1988!

Quand j’écoute ou que je regarde les débats politiques notamment en ce moment sur la question de l’immigration, je note que les orateurs représentant l’UDC sont très forts dans cette art de la rhétorique. D’ailleurs, il est dit que la rhétorique permet de maîtriser les esprits... Les arguments sont même tournés de manière à forcer les opposants à se justifier ce qui les affaiblira. Mon envie est de pouvoir accompagner les intervenants de tous les partis à se renforcer dans cet art vital qu’est la rhétorique...

* Entrepreneure et conférencière






 
 

AGEFI



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