La finance comportementale, un moteur de l’investissement?

jeudi, 12.11.2020

Dans un contexte de crise, les biais comportementaux les plus flagrants et les plus dangereux sont l’aversion pour les pertes et l’excès de confiance.

Christophe Collet*

Christophe Collet

La finance comportementale est un domaine de la recherche qui intègre des modèles rationnels de comportement issus de l’économie et de la finance avec des modèles affectifs ou émotionnels issus de la psychologie. L’une des principales contributions est l’identification de biais et l’analyse de la manière dont un biais donné peut améliorer ou affaiblir des décisions rationnelles.

Il y a probablement plus de 100 biais identifiés dans le domaine de l’économie comportementale, les suivants semblent être les plus significatifs: le biais de la préférence pour le présent ou l’impatience, le biais de statu quo ou l’inertie, le biais de cadrage, l’aversion pour les pertes ou l’excès de confiance.

Améliorer les résultats

Les biais affectent tous les types d’individus, quelles que soient leurs compétences. La question de savoir si les biais peuvent être corrigés par l’éducation financière reste ouverte, mais des études préliminaires suggèrent que c’est possible.

La finance comportementale pourra aider les gestionnaires à améliorer les résultats. Ceux-ci sont déterminés non seulement par la constitution d’un portefeuille diversifié d’actifs à faible coût, mais aussi par la capacité à prendre des décisions judicieuses en matière de montant épargné, de répartition des actifs, d’échéance pour investir ou désinvestir. Une bonne prise de décision est donc clé pour améliorer sa performance, pas seulement le fait de disposer de véhicules d’investissement de qualité et à faible coût.

Dans un contexte de crise comme aujourd’hui, les biais comportementaux les plus flagrants, et les plus dangereux sont l’aversion pour les pertes et l’excès de confiance sans aucun doute.

La plupart des êtres humains prennent des décisions sur la base d’informations imparfaites. La question est seulement de savoir si vous le faites de manière impulsive ou réfléchie. Si vous savez que les marchés qui baissent de manière brutale poussent les êtres humains à agir de manière impulsive, ce qui est important est d’élaborer des règles de comportement pour y remédier.

Comment les biais évoluent?

Nous avons des preuves scientifiques solides que le comportement caractéristique d’une classe d’âge tend à persister dans le temps. Mais on n’a pas encore étudié si certains biais spécifiques évoluent dans le temps ou non. Par exemple, nous avons subi trois chocs importants sur les marchés au cours des vingt dernières années. Une question de recherche ouverte est de savoir si les investisseurs sont devenus plus résistants et moins réticents aux pertes, ou non.

Vers une rationalité

Être conscient de ses propres biais est un bon point de départ, même si, en pratique, cela peut s’avérer difficile. De même, coller à ses objectifs pour ne pas perdre de vue ce pourquoi on investit, ou suivre un processus d’investissement préétabli, par exemple une règle systématique en matière de repositionnement du portefeuille, peuvent aider à surmonter ses biais comportementaux.

Cependant, même si la sensibilisation et l’auto-éducation aux différents biais peuvent aider, une célèbre étude sur le comportement en matière d’épargne-retraite a montré que, même si les salariés savent qu’ils doivent épargner pour leur retraite, ils n’arrivent pas à s’y contraindre.

Une idée prometteuse est celle d’essayer de changer petit à petit, de manière progressive. Ne pas se fixer comme objectif d’épargner 10% de ses revenus, mais plutôt 1 ou 2% de plus chaque année. Ne pas se forcer à faire une promenade de 2 heures, mais commencez par 15 minutes par jour et augmenter pro-gressivement. C’est en grande partie l’histoire de la fable d’Ésope, sur la tortue qui finit par dépasser le lièvre malgré ou grâce à son cheminement lent et régulier...

*CFA, Directeur adjoint Suisse et Liechtenstein, Vanguard






 
 

AGEFI



...