Les nouveaux espaces de travail des Japonais

dimanche, 14.10.2018

Dans les clubs de karaoké, sous une tente... les Japonais ont trouvé de nouveaux lieux pour être plus créatifs dans leur travail.

De plus en plus d'hommes d'affaires en déplacement - ils sont très nombreux au Japon - utilisent les clubs de karaoké du pays pour s'y installer comme dans un bureau de passage. (Keystone)

Petite cabine individuelle dans le métro, tente au milieu des gratte-ciel ou club de karaoké, les lieux de travail inhabituels se développent au Japon pour secouer le conformisme somnolent de la vie de bureau.

Objectif: inspirer les "salarymen", ces armées d'employés masculins en costume sombre et chemise blanche qui consacrent leur vie à leur entreprise, jusqu'à passer bien souvent la soirée à boire des bières avec collègues et chefs après une interminable journée au bureau.

Dans le quartier de la finance de Marunouchi à Tokyo, des hommes d'affaires sont assis sur des oreillers, leur ordinateur portable sur les genoux dans une tente de camping entourée de tours de verre et d'acier.

On rencontre aussi au bord de cours d'eau dans la banlieue de Tokyo ces "bureaux en plein air" temporaires créés par Snow Peak Business Solutions, très prisés de certaines entreprises décidées, avec retard par rapport à leurs homologues d'autres pays industrialisés, à sortir leur personnel de l'air vicié du bureau.

Ce cadre insolite a fait naître "de nouvelles idées" au cours de réunions à l'ombre de la tente sous le soleil éclatant fréquent à Tokyo, fait remarquer Yasuyuki Minami, qui travaille pour la branche japonaise du géant allemand des logiciels de gestion d'entreprise SAP.

"On a tendance au bureau à avoir des idées toutes faites et stéréotypées. C'était une expérience intéressante d'être à l'air libre, quelque chose que nous ne vivons pas chaque jour", renchérit son chef Tsutomu Ushida, et un des vice-présidents de SAP Japan.

Espace confidentiel

Pour Ryo Murase, patron de l'entreprise qui développe ces bureaux ouverts, les gens aiment tout simplement travailler "sous le soleil en sentant une douce brise". "Nous vivons dans un monde où l'intelligence artificielle et les robots sont en train de prendre le pouvoir. Je pense que nous, les humains, devons être plus dans l'émotion, l'inspiration, la compassion, l'enthousiasme", lance-t-il.

De plus en plus d'hommes d'affaires en déplacement - ils sont très nombreux au Japon - utilisent les clubs de karaoké du pays pour s'y installer comme dans un bureau de passage.

La plus grande société japonaise de karaoké, Daiichikosho, a lancé ce nouveau service en avril 2017 et ouvre au travail de bureau ses studios de chanson sur 33 sites proches des quartiers d'affaires de grandes villes.

Pour 600 yens (environ 4,60 euros) de l'heure, les utilisateurs peuvent afficher des images sur le grand écran habituellement utilisé pour faire défiler les paroles de chansons. Les grands timides peuvent s'entraîner à prendre la parole en public pour leurs présentations avec le micro et un tableau blanc mis à leur disposition dans une pièce insonorisée.

Hideyuki Aoki, un salarié de NTT Communications, utilise ce service plusieurs fois par semaine lorsqu'il est en déplacement. "J'étais mal à l'aise au début mais je trouve cela à présent très pratique. Je m'en sers comme bureau ambulant."

De nombreux hommes d'affaires en voyage ou personnes à leur propre compte utilisent les cafés pour travailler mais hésitent à ouvrir des documents confidentiels en public.

Au contraire, "dans un club de karaoké, vous pouvez avoir votre propre espace privé sans risque de fuites d'informations et sans craindre que quelqu'un regarde par dessus votre épaule", affirme M. Suzuki.

Démographie oblige

Tokyo Metro, principale compagnie d'exploitation du métro de Tokyo, et Fuji Xerox ont aussi pensé aux télétravailleurs en créant en juin dans les grandes stations de métro de la capitale nippone des "bureaux satellites". Ces petites cabines noir et blanc sont équipées d'un bureau et d'une chaise ainsi que d'un écran d'ordinateur et du wifi pour la somme de 200 yens le quart d'heure (environ 1,50 euro).

Elles permettent aussi de téléphoner en toute quiétude, dans un pays où il est quasi interdit de passer un appel dans les transports en commun.

"L'espace de bureau traditionnel ne disparaîtra pas mais nous voulons faire tomber les barrières et diversifier les pratiques de travail", explique Yasutaro Tanno, un responsable de Fuji Xerox, devant une cabine située dans la station Tameike-Sanno, dans le centre de Tokyo.

Les experts estiment que le vieillissement de la population et la baisse du nombre d'actifs vont forcer les entreprises à modifier leurs habitudes de travail. Varier les lieux est "une tendance dans l'air du temps", estime Kentaro Arita, économiste au Mizuho Research Institute. (awp)






 
 

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