Covid-19: pour sauver l’Afrique et ses PME il faudra mettre la coopération au-dessus de la compétition

mardi, 12.05.2020

Dorothy Tembo*

Dorothy Tembo

L’Afrique fait preuve, pour le moment, d’une extraordinaire résilience face à la nouvelle souche de coronavirus Covid-19. A comparer le continent avec les autres régions du monde, il semblerait que son climat, sa jeunesse, son faible taux relatif d’obésité et de diabète ainsi que son expérience éprouvée à la gestion de crises sanitaires jouent un rôle favorable à la lenteur de la progression du virus.

En revanche, plus effrayantes encore pour les populations concernées sont les répercussions de l’effondrement économique mondial qui découlent des mesures désordonnées prises pour contenir la propagation du virus. La solidarité internationale et la coopération interétatique sont comme tétanisées par les règles de confinement qui annoncent un effroyable repli sur soi aux conséquences dévastatrice pour la sécurité alimentaire, l’accès aux soins et le développement de l’Afrique dans son ensemble.

Manifestation directe du phénomène, la contraction des échanges internationaux; l’Organisation mondiale du commerce prévoit une contraction allant jusqu’à -30% du commerce africain, tandis que la Conférence des Nations unies sur le commerce et développement table sur un effondrement de l’investissement direct étranger de -40%. Ceci est tout simplement l’annonce d’un désastre économique et social pour les pays les plus fragiles, et tout particulièrement pour les PME, principales pourvoyeuses d’emplois pour les jeunes et les femmes.

Alors que les petits commerces ont toujours été un facteur de solidité et d’absorption des chocs économiques, les voilà directement menacés par la restriction des contacts humains et la contraction économique mondialisée.

Ne l’oublions pas, l’Afrique est essentiellement un continent de petites entreprises, de petits commerçants et de micro-entreprises à plus 95%.

Ce dont les économies africaines ont besoin, outre l’appui à leur secteur de la santé, c’est un soutien pour maintenir leur économie à flot et protéger les PME de la cessation d’activité.

Je salue les engagements des dirigeants du G7 et des ministres du Commerce du G20 de maintenir les fournitures et équipements médicaux vitaux, les produits agricoles essentiels et les autres biens et services indispensables aux services de base des populations.

L’instauration de mesures protectionniste dans le contexte actuel serait une erreur majeure et j’invite les chefs d’Etats à persévérer dans l’opérationnalisation de la zone de libre-échange continentale africaine. C’est un véritable test de cohésion pour l’Union africaine.

La survie des entreprises africaines dépendra d’une pluralité de facteurs afin de garantir la confiance des acteurs économiques combinée à des politiques de relance nationales et internationales bien articulées. Nous n’avons jamais eu autant besoin du multilatéralisme et de la solidarité entre les peuples qu’aujourd’hui. Il faut primer la coopération sur la compétition, voilà le plus grand défi pour l’Afrique comme pour le monde. Soyons tous à la hauteur des enjeux.

* Directrice exécutive ad interim, Centre du commerce international 






 
 

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