Covid-19 et conflits d’intérêts: un débat essentiellement politique

mardi, 18.08.2020

Laurent Franceschetti*

Laurent Franceschetti

N’étant pas médecin ou épidémiologiste, j’aimerais aborder une question politique restée taboue: le risque accru de conflits entre des intérêts privés d’entreprises pharmaceutiques et les intérêts publics de la santé. 

Le débat public naît de la contradiction flagrante entre des indicateurs essentiels de l’épidémie depuis fin mai (les deux courbes des décès et des admissions à l’hôpital, retombées presque à zéro), et l’introduction de nouvelles contraintes sanitaires au mois de juillet, accompagnées d’annonces sur des vaccins qui pourraient être rendus obligatoires.

Pour ce qui est de l’intégrité de l’information scientifique, il y a eu le signal d’alarme de l’affaire «Lancet», où une étude clinique sur l’hydroxychloroquine publiée le 22 mai 2020 dans la revue médicale avait été rétractée le 5 juin. De l’admission du directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, c’est cet article qui avait conduit cette organisation à préconiser un moratoire des tests cliniques de la substance; le même directeur général confirma la reprise des tests, le jour de la rétractation de l’article. Ces décisions précipitées ont montré qu’il n’y avait pas eu de «fusible» entre l’exploitation de données épidémiologiques manifestement viciées provenant de la société Surgisphere Corporation, et des choix politiques lourds de conséquences.

Suivant l’adage qu’«ordre plus contrordre égalent désordre», le revirement en Suisse à propos de cette substance a entamé la confiance publique dans la politique du Conseil fédéral et celle de l’OFSP. Coïncidence temporelle, la capitalisation boursière de la société Gilead Corporation, fabricante du médicament concurrent Remdesivir, a été inversement corrélée (entre mai et début juin 2020) aux annonces sur l’hydroxychloroquine.

Le but n’est pas ici de spéculer sur ces affaires, mais de faire remarquer qu’il y a un faisceau d’indices suffisant pour diligenter des enquêtes approfondies. Le risque de conflits d’intérêts n’est d’ailleurs pas abstrait, dans une industrie pharmaceutique qui n’a pas toujours brillé par son éthique d’affaires: rappelons la condamnation de Roche et Novartis en 2019 en Italie, pour s’être entendues à promouvoir un médicament ophtalmologique, ce qui avait impliqué (selon la Cour européenne de justice) «la dissémination, dans un contexte d’incertitude scientifique, ...  d’information trompeuse à propos des effets indésirables1

Là où le nouveau projet de loi urgente Covid-19 pose surtout problème, est qu’il permettrait au Conseil fédéral de déroger aux procédures actuelles d’autorisation de médicaments: une proposition de «dérégulation» qui démantèle des garde-fous destinés précisément à prévenir ce genre d’abus, prend des allures de complaisance. Dans ma prise de position lors de la consultation, j’avais au contraire suggéré – sans y croire – d’introduire une nouvelle infraction contre la santé publique qui réprimerait l’usage d’informations falsifiées ou tronquées dans le dessein d’obtenir une autorisation de mise sur le marché de médicaments.

En conclusion, la loi urgente Covid-19 est inopportune, et la loi sur les épidémies doit rester le cadre suffisant à l’action du Conseil fédéral. 

S’il y avait vraiment besoin de compétences supplémentaires dans un domaine particulier, comme l’assurance-chômage ou la culture, il serait toujours possible de proposer une loi urgente (plus ciblée) au parlement. 

1 Cour de justice de l’UE, 23 janvier 2018

*CEO Swiss Financial Knowledge 






 
 

AGEFI



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