Gérer la liquidité obligataire en temps de crise

lundi, 20.04.2020

Coronavirus. Les investisseurs se sont empressés de sortir des actifs risqués avec d’importants rachats dans les fonds.

Kunal Mehta*

La pandémie du coronavirus a frappé juste au moment où nous approchions de la fin d’un cycle de crédit pro-longé. Avec des valorisations qui semblaient tendues, même un retournement économique mineur aurait pu suffire à faire basculer les marchés dans une phase de correction. Or la sévérité de la crise du coronavirus a causé un choc beaucoup plus significatif, qui a conduit aux plus hauts niveaux de volatilité depuis la crise financière mondiale de 2008.
En réponse à la crise, les investisseurs se sont empressés de sortir des actifs risqués avec d’importants rachats dans les fonds, conduisant de nombreux fonds obligataires à se précipiter pour vendre leurs actifs les plus liquides, qui sont typiquement des obligations de bonne qualité à duration courte. Actuellement, les vendeurs sont nettement plus nombreux que les acheteurs. Les banques étant moins capables d’agir en tant que teneurs de marché, la liquidité est rare, ce qui a entraîné des coûts de transaction plus élevés et un élargissement des fourchettes de transaction.
De nombreux investisseurs espèrent que les banques centrales et les gouvernements vont apporter une solution. Toutefois, ces interventions prendront du temps avant d’avoir un effet; qui plus est, elles devront être suffisantes pour changer le sentiment du marché.
Deux phases sont donc à attendre dans la correction. La première phase dépendra de la capacité des investisseurs à transformer leurs actifs en liquidités ce à quoi les banques centrales continueront de contribuer et de la formation d’un plancher dans les sorties des fonds. Nous pensons que cette phase s’achèvera bientôt. La deuxième est celle de l’impact économique et elle sera plus longue à traverser.

Fonds indiciels obligataires

Tout cela laisse les investisseurs obligataires aux prises avec les questions de la découverte des prix et de la juste valorisation dans des conditions extrêmement volatiles. Les primes de liquidité ont augmenté et de fortes dislocations des prix se sont produites sur l’ensemble de la classe d’actif obligataire. Certaines différences de prix peuvent s’expliquer; après tout, comme les obligations se négocient généralement de gré à gré, un seul prix d’équilibre du marché n’est pas toujours possible. Toutefois, nous avons récemment vu des variations de prix plus importantes qu’à la normale.

Minimiser l’erreur de suivi

Par ailleurs, la minimisation de l’erreur de suivi et la gestion de la liquidité sont une priorité pour nos équipes globales obligataires et de gestion du risque. Comme nos fonds indiciels obligataires peuvent utiliser une approche d’échantillonnage pour trouver l’équilibre optimal entre la réplication de l’indice et le coût, il existera toujours de petites différences entre les performances des fonds et celles de leurs indices de référence respectifs.
Mais cette technologie d’échantillonnage permet à nos équipes de négoce et de recherche sur le crédit de sélectionner les obligations qui répliquent le mieux les caractéristiques de l’indice sous-jacent, à un faible coût et tout en minimisant l’erreur de suivi.
Nous utilisons le swing pricing pour protéger les investisseurs lorsque les rachats sont importants. Ainsi, nous nous assurons que, lorsque les coûts de transaction sont élevés, les acheteurs et les vendeurs en supportent une plus large part que ceux qui restent investis. Il est important de noter que les différences de prix ne s’accumulent pas et devraient se réduire avec le temps. Par ailleurs, les fonds utilisant le swing pricing peuvent montrer une plus forte volatilité que ce qui se produit dans le même temps sur les actifs sous-jacents.
Une approche à multiples facettes de la gestion de la liquidité inclut des actions préventives comme l’évaluation permanente de la liquidité du fonds et des obligations achetées en recherche sur le crédit, ainsi que l’utilisation régulière de toute une série d’outils de liquidité. Ceux-ci comprennent la compensation des rachats et des souscriptions dans le fonds, en tenant compte de l’activité de rééquilibrage du portefeuille en cours et de la vente de titres sur le marché. Il existe aussi des outils non standards sur une base moins fréquente, notamment les rachats différés, avec lesquels un fonds peut exécuter un rachat important sur une période de plu-sieurs jours.

Fonds obligataires actifs

Pour les fonds obligataires actifs, notre biais défensif nous a placés dans une solide position. Ainsi, si de nombreux gérants de fonds actifs cherchent actuellement à vendre des actifs, à réduire le risque et à prendre des liquidités où ils peuvent, nous sommes en mesure d’acheter des titres, en saisissant des opportunités à des niveaux de valorisation désormais beaucoup plus intéressants.
Notre expérience montre que les marchés évoluent par cycles et finissent par se reprendre sur le long terme. Le message le plus important est que les investisseurs doivent garder le cap. Personne ne doit sous-estimer l’ampleur de la crise actuelle, mais nous ne devons pas non plus laisser son impact immédiat brouiller la vision à long terme.

* Spécialiste senior des investissements, Vanguard






 
 

AGEFI



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