Cinq impératifs pour les investisseurs

dimanche, 10.05.2020

Coronavirus. Les investisseurs ont vu leur marge de manœuvre se réduire considérablement en raison de la baisse brutale des marchés boursiers et de la gravité de la crise.

Marc Amyot *

Marc Amyot

Ces dernières semaines, les investisseurs ont vu leur marge de manœuvre se réduire considérablement en raison de la baisse brutale des marchés boursiers et de la gravité de la crise du coronavirus. Il leur est, en l’état, difficile voire impossible d’en apprécier à sa juste mesure l’impact sur l’économie mondiale et la capacité des entreprises à s’en accommoder, tant en termes de revenus que rentabilité. Dans l’ensemble, ils savent surtout qu’il faudra plus du temps pour relancer la machine qu’il n’en a fallu pour la gripper. Certains secteurs se remettront d’aplomb en quelques mois, d’autres auront besoin de plusieurs années et quelques-uns ne s’en remettront jamais.

Les perspectives sont donc venues à manquer et aucune projection sur le moyen ou long terme n’est envisageable dans l’immédiat. Entre les injections de liquidités des banques centrales, les enveloppes budgétaires des états, les taux directeurs au plus bas, les chiffres du chômage au plus haut, les PIB sévèrement écornés, les marchés sont pris dans de telles turbulences que les investisseurs n’ont que très peu de visibilité. Pour emprunter au jargon de l’aviation, ils se retrouvent obligés de voler aux instruments. Autrement dit, à se montrer très rationnels et à mettre de côté leurs émotions. Pour cela, cinq règles fondamentales doivent être impérativement respectées, en particulier dans des environnements aussi turbulents où la volatilité est montée à 80 en mars, soit plus de cinq fois la moyenne historique, pour diminuer de moitié en avril.

Se concentrer sur la qualité. C’est la seule orientation possible, que ce soit pour les actions ou les obligations. Dans le cas des actions, ce sont des entreprises qui présentent des bilans solides, des revenus à la fois stables et récurrents, ainsi qu’un faible endettement et une position de leader sur leur marché. Aux Etats-Unis, c’est le cas par exemple d’Activision, l’éditeur de jeux vidéo, de Veeva Systems, qui propose des solutions cloud aux professionnels de la santé, d’Edwards Lifesciences, ou de l’incontournable Microsoft. En Suisse, il s’agit de titres comme Roche, Nestlé ou encore Logitech. Dans le cas du fixed income, les principes restent les mêmes. Autant s’en tenir à des débiteurs qui présentent les meilleures solvabilités. Par conséquent, il faut privilégier le haut du tableau dans l’univers Investment Grade, là où les risques de défaut sont minimes.

Se fier aux instruments. Puisque le contexte aujourd’hui n’offre donc que très peu de visibilité à moyen ou long terme, il est nécessaire d’avoir l’œil rivé sur quelques instruments pour assurer au mieux le court terme. Malgré les tentations, ce n’est certes pas le moment de se laisser aller à ses impressions, voire à ses émotions. Dés lors, il faut s’en remettre aux principaux indices, qui portent notamment sur la volatilité, la confiance des consommateurs, l’activité manufacturière et celle des services, de même qu’à quelques indicateurs clés comme les ratios cours-bénéfices.

Rester à l’affût. La correction sévère qui a frappé la grande majorité des classes d’actifs a conduit parfois à des exagérations et généré ainsi des anomalies qui créent à leur tour des opportunités dans certains cas exceptionnelles. Certains actifs présentent en effet des valorisations très basses au regard de leur historique et de leurs perspectives. Aux Etats-Unis, Bristol-Myers présente ainsi une valorisation attrayante par rapport à d’autres entreprises dans le secteur de la santé. Il en va de même en Suisse pour Gurit, le spécialiste des matériaux composites.

Garder des munitions. Il faut préserver aujourd’hui un volant de cash relativement important pour se préparer à de nouvelles secousses sur les marchés. Il sera alors judicieux de disposer des ressources nécessaires pour bénéficier des bons points d’entrée qui ne manqueront pas d’apparaître.

Jouer la sécurité. Autant dans un souci de préservation du capital que de diversification du portefeuille, il est chaudement recommandé de se tourner vers des actifs décorrélés. L’or reste une bonne valeur refuge d’autant qu’il présente encore du potentiel au vu des incertitudes qui persistent et de la faiblesse des taux d’intérêt. Quant aux fonds alternatifs, ils ont prouvé leur capacité défensive au 1er trimestre. Alors que les indices actions mondiaux, illustrés par le MSCI World Net Total Return en USD, affichaient une performance négative de -21.1% à fin mars, le HFRX Global Hedge Fund Index n’a baissé que de 6.9%. A terme, les multiples opportunités engendrées par la crise du coronavirus devraient convenir aux gérants capables de générer de l’alpha en exploitant notamment les dislocations de marché qui sont apparues.

*Chief Executive Officer Trillium






 
 

AGEFI



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