Contribuables vaudois: quelques métaphores agricoles

mercredi, 29.01.2020

Jean-Hugues Busslinger*

Jean-Hugues Busslinger.

Selon Colbert, l’art de l’imposition consisterait à plumer l’oie pour obtenir un maximum de plumes avec un minimum de cris. Pour d’autre, l’impôt se doit d’être heureux. Pour d’autres encore, la métaphore agricole se prolonge par une gestion soutenue du troupeau, dont la capacité à fournir toujours plus de lait est sans cesse sollicitée.
L’oie veut bien être bonne fille et accepter de céder des plumes sans rechigner, pour autant que deux facteurs soient réunis: d’une part qu’elle ait le sentiment que l’usage qui est fait de son duvet est adéquat et proportionné à son sacrifice, d’autre part qu’elle n’acquiert pas l’impression que les oies du parc d’à côté sont à raison moins plumées qu’elle.
Il se trouve que, dans le canton de Vaud tout au moins, mais aussi dans les autres cantons romands, ces éléments ne sont plus réunis, ce qui pourrait bien inciter notre oie à donner de la voix. Que constate-t-on en effet?
Tout d’abord que la pression fiscale vaudoise sur les personnes physiques est régulièrement parmi les plus lourdes en comparaison intercantonale. En matière d’imposition du revenu, le fisc vaudois figure, quelle que soit la catégorie du contribuable, qu’il soit célibataire, marié avec ou sans enfant ou encore rentier, parmi les trois ou cinq plus voraces. Or, le canton ne présente pas de particularité qui implique qu’il doive bénéficier de moyens bien supérieurs à d’autres entités cantonales (Zurich notamment) qui disposent également d’un hôpital universitaire, d’un réseau de communication étendu et de services administratifs performants.
Sur le plan de l’imposition de la fortune, Vaud massacre ses contribuables et se situe, pour des fortunes jusqu’à deux millions de francs, parmi les deux cantons les plus avides. Et l’on n’oubliera pas qu’il reste l’un des quatre cantons à prélever un impôt sur les successions auprès des descendants.
Ensuite, on constate que le canton de Vaud réalise année après année, et depuis plus de dix ans maintenant, des excédents impressionnants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: ramenés à une moyenne annuelle, les excédents avant écritures de bouclement (qui se chargent d’en attribuer une part significative à des amortissements extraordinaires, recapitalisations ou autres) représentent quelque 470 millions de francs. En dix ans, ce sont donc plus de 4 milliards et demi qui ont été prélevés sans que l’Etat songe un instant à limiter la pression fiscale et à rejoindre les cantons plus respectueux de leurs contribuables. De tels excédents n’incitent pas à la rigueur et favorisent, sous la pression de la majorité du Conseil d’Etat mais pas uniquement, la multiplication d’allocations diverses et l’extension du filet social, aux mailles pourtant déjà très fournies.
Face à ces constats, on doit admettre qu’en pays de Vaud l’impôt n’est plus heureux. Le silence de l’oie, dès lors, n’est plus de mise. Pour faire savoir que l’on paie trop d’impôt dans le pays de Vaud, les organisations économiques lancent leur action «vaches à lait», www.vachealait.ch et invitent les contribuables à les rejoindre, pour qu’enfin la fiscalité des personnes physiques soit revue à la baisse!

* Centre patronal Paudex






 
 

AGEFI




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