WEF 2019: Berne suit sa propre voie pour réguler les technologies numériques

mercredi, 23.01.2019

Contrairement à d'autres pays, les règles mises en place par la Suisse ne concernent "pas des technologies, mais des processus".

Le président de la Confédération Ueli Maurer a pris part à une table ronde mise sur pied par l'organisation digitalswitzerland à Davos. (Keystone)

La Suisse prend le contre-pied des autres pays en matière de régulation des nouvelles technologies numériques. Elle refuse des règles trop strictes. Blockchain, fintech & Co doivent s'inscrire dans les lois existantes.

Contrairement à d'autres pays, les règles mises en place par la Confédération ne concernent "pas des technologies, mais des processus", a déclaré le président de la Confédération Ueli Maurer lors d'une table ronde mise sur pied par l'organisation digitalswitzerland à Davos (GR) en marge du Forum économique mondial (WEF)

Les processus ont toujours le même schéma, a expliqué le ministre des finances. Si on vend quelque chose, un paiement est effectué. Il en va de même pour les technologies financières (fintech) et la chaîne de blocs ("blockchain"). Pour cette raison, il ne faut intégrer aux lois ordinaires - comme le droit des actions - que ce qui change lorsqu'une nouvelle technologie apparaît.

En revanche, estime Ueli Maurer, il n'est pas nécessaire de réguler les technologies. On est toujours en retard. Pour avancer, il faut savoir prendre des risques. La législation doit être solide, mais pas trop sévère.

La petite taille, une chance

Pour l'élu UDC, la petite taille de la Suisse lui permet d'être souple et de pouvoir avancer rapidement dans le monde numérique. Ce n'est que de cette façon que l'on pourra défendre la position économique de pointe de la Confédération dans les vingt prochaines années.

Le secrétaire d'Etat aux questions financières internationales Jörg Gasser a lui aussi souligné que la Suisse voulait suivre "une autre voie". "Une société libérale doit rester libérale", a-t-il martelé. L'environnement local doit fournir des conditions cadres favorisant l'innovation et les technologies.

Et la législation helvétique est si flexible qu'il ne faut pas rédiger de nouvelles lois, mais simplement adapter les textes existants aux nouveaux besoins. En Suisse, la politique mène un dialogue étroit avec le secteur financier, et en particulier celui de la fintech. Des échanges ont lieu presque tous les jours, a souligné M. Gasser, qui quittera son poste à la fin février.

Encore fort à faire

On ne se trouve malgré tout qu'au début d'une évolution technique qui laisse de nombreux points en suspens, a souligné Ueli Maurer. Chacun ne pourra pas tout faire. Il restera toujours la question de savoir s'il faut développer soi-même le savoir-faire ou l'acheter.

Il faut également déterminer quelle attitude la Suisse doit adopter face à la question des données. La sécurité figure parmi les points à éclaircir, tout comme la flexibilité et la souplesse. Il serait certainement erroné de vouloir établir des systèmes valables pour les vingt prochaines années.

Le président du Credit Suisse Urs Rohner, hôte de cette table ronde, a lui aussi évoqué la rapidité de la numérisation et les efforts déployés par la Suisse et ses entreprises pour la faire progresser. Mais nous sommes encore loin du but.

Il faudrait par exemple faire évoluer le système éducatif si le marché du travail était ébranlé et que de nouveaux emplois remplaçaient les emplois traditionnels, a-t-il expliqué.

Pour Jörg Gasser, la société doit également participer à ces changements majeurs. De nombreuses personnes sous-estiment les possibilités et les conséquences de la numérisation. Il faut les expliquer de manière simple et y préparer les citoyens.

Pas de menace

Le président de la Banque nationale suisse (BNS), Thomas Jordan, a lui aussi calmé le jeu. La blockchain, par exemple, est une technologie puissante qui aura une grande influence sur le monde. Mais M. Jordan ne voit pas les cryptomonnaies comme une menace pour les monnaies existantes. Il s'agit, au sens strict, plutôt d'actifs que d'une monnaie en soi.

L'organisation digitalswitzerland compte plus de 120 membres issus de l'économie, de la politique et de la formation. Elle a été fondée en 2015 dans le but de faire progresser la numérisation en Suisse. Marc Walder, CEO de Ringier, en est l'initiateur. (ats)






 
 

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