Conserver une «poker face» en toute circonstance, vraiment?

jeudi, 06.02.2020

Nathalie Brodard*

Nathalie Brodard

Quelques semaines avant Noël, j’ai été invitée chez un de mes clients pour un café et pour discuter de potentielles affaires en dehors du recrutement. Nous échangeons sur divers sujets dans la bonne humeur, lorsque soudain, il m’annonce que sa société vient d’engager une nouvelle personne pour une de ses succursales… Est-ce mon 6e sens, mon petit doigt? Mais en quelques secondes, je comprends qu’ils ont engagé un de nos talents, dont nous avions proposé le dossier il y a quelques mois, et que nous n’avons pas été informés.  

L’expression «la moutarde monte au nez» prend alors tout son sens. Différentes émotions me parcourent: stupéfaction, colère, déception et, surtout, incompréhension. Toutes ces émotions, car ce n’est ni la première, ni la deuxième fois que cette société procède de la sorte avec mon équipe, mais la troisième! A ce stade, votre question est légitime: pourquoi est-ce que je m’évertue à collaborer avec eux? (Ce sujet fera l’objet d’une autre chronique…)

Aujourd’hui, je vous parle d’émotions au travail. Et j’avoue que, sur le coup, j’ai eu envie d’hurler, de prendre mon manteau et partir de façon théâtrale, en claquant la porte! Mon éducation, ma formation, mon professionnalisme m’en ont empêchée. Ce n’est pas ce que j’ai appris. Rester de marbre, rester polie, avaler l’affront.. Et ce, dans n’importe quelle situation. 

Sur le moment, le plus important était de conserver mon calme et réussir à terminer cet entretien sans montrer le flot d’émotions qui me traversaient. Avec même un demi sourire au moment des salutations. 

Joie, colère, compassion, tristesse, déception… Cela fait partie du quotidien. Chaque jour, chacun de nous éprouve un grand nombre d’émotions différentes. Bien qu’universellement ressenties, elles sont mal perçues dans le monde du travail. Connotées négativement, elles sont perçues comme un signe extérieur de faiblesse. Elles ne sont tolérées que lorsqu’elles sont positives. La joie communicative et l’enthousiasme sont des facteurs de motivation reconnus.

Mais un notaire, un médecin ou un banquier peut-il véritablement exprimer ses émotions de manière ouvertes, ou doit-il conserver une «poker face» en toute circonstance?

A trop vouloir brider nos émotions et les enfouir dans nos entrailles, elles finissent pourtant par ressortir d’une manière ou d’une autre. C’est l’explosion, le «pétage de plomb» ou l’usure émotionnelle, le burnout qui nous guette.

Pouvoir exprimer ses émotions de manières plus ouvertes et sans jugement dans le monde de l’entreprise permet une meilleure harmonie au sein des équipes. Toutes proportions gardées, bien évidemment, une ouverture dans ce sens permet de construire des relations plus saines et honnêtes, tant à l’intérieur de l’entreprise, entre collègues et avec son responsable, qu’à l’extérieur avec ses clients et ses fournisseurs. Il n’existe pas de méthode ou de recette magique pour gérer ses émotions. Il s’agit plutôt de trouver un équilibre entre le trop, le trop peu et le pas du tout. Dans mon cas, j’ai pu exprimer ma frustration lors d’une réunion ultérieure. Arriver à prendre un peu de recul, à ne pas prendre les choses de manières trop personnelles, permettent de mieux gérer ses émotions et d’être prêt(e) quoiqu’il arrive!

* CEO and founder, Brodard Executive Search






 
 

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