L'économie suisse ne doit plus compter sur les principaux moteurs de la croissance récente

mardi, 09.10.2018

Conjoncture. Les solides données du PIB des partenaires commerciaux de la Suisse et les droits touchés par la FIFA ont été des risques de hausse au deuxième trimestre 2018.

Marc Brütsch*

La conjoncture européenne marque le pas, les taux de croissance trimestriels ont diminué de moitié par rapport à la phase de boom de 2017. Actuellement, la première source d’inquiétude sont les risques politiques, plus précisément le Brexit. Les taux d’inflation attendus pour l’Europe continentale impliquent des rendements réels durablement négatifs pour les épargnants – l’inflation est pour l’instant toujours portée par les prix du pétrole. En ce qui concerne la Suisse, le pic de croissance de ce cycle est passé.

Ré-écrire l’histoire en Suisse

Il y a des surprises à noter quant aux prévisions – parfois prudentes – de la croissance du PIB au deuxième trimestre 2018: les solides données du PIB des partenaires commerciaux de la Suisse et les droits touchés par la FIFA ont été des risques de hausse. On a appris depuis que le PIB avait gagné 0,7% au deuxième trimestre. Mais ce sont les corrections des données historiques du SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie) qui ont créé la plus grande surprise: le PIB a réellement augmenté de 1,7% en 2017 et non de 1,1% comme annoncé. On devrait donc réécrire l’histoire économique puisque la Suisse a bénéficié plus rapidement que prévu de la reprise mondiale depuis 2016. Ces nouvelles données entraînent aussi des corrections des prévisions 2018, car la base des calculs de la croissance n’a plus rien à voir avec celle d’il y a un mois. Nos prévisions sont à présent de 2,9% contre 2,1% avant. Malgré ce tableau plus réjouissant du passé, on pourra maintenir les prévisions d’un avenir moins dynamique: pour 2019, un ralentissement de la croissance au niveau du potentiel économique semble possible, car les principaux moteurs de la performance des années précédentes soutiendront moins la croissance dans les trimestres à venir, notamment les taux d’intérêt très faibles, la migration nette, l’augmentation des revenus disponibles, la reprise mondiale synchrone de 2016 à 2018 et l’affaiblissement temporaire du franc suisse. Selon une étude du KOF, l’industrie et le bâtiment attendent un net recul des nouvelles commandes.

En juillet, l’inflation générale annuelle de 1,2% a constitué le pic du cycle. Pour 2019, on pourra donc oser des prévisions bien inférieures au consensus: la valeur du franc pondérée a encore gagné près de 5% par rapport à 2017. Au vu de la hausse du taux de vacance, la composante des loyers dans l’indice des prix à la consommation devrait peser sur l’inflation pour le trimestre à venir.

Retour à un rythme plus durable dans la zone Euro

Depuis 2014, la zone euro connaît une croissance solide au-dessus de son potentiel à long terme. Cela a profité au marché de l’emploi dans tous les Etats membres. Au total, le taux de chômage est passé de 11,9% en février 2014 à 8,2% actuellement. Le processus a atteint la maturité suffisante pour accélérer la croissance des salaires, soutenant fortement la demande intérieure. L’accélération de la croissance des salaires est un phénomène de fin de cycle et la zone euro ne fait pas exception. La croissance du PIB a déjà nettement ralenti au premier semestre 2018. En comparaison avec les 5 trimestres d’octobre 2016 à décembre 2017, les taux de croissance trimestriels du PIB ont baissé, de 0,7% à un peu moins de 0,4%. L’activité économique annualisée devance encore le taux de croissance potentiel de la zone, de 1,4% environ. Mais au vu des premiers indices français et allemands des directeurs d’achat, l’activité industrielle a poursuivi son ralentissement à la fin du troisième trimestre. Les prévisions du consensus pour 2019 nous semblent trop optimistes, car il faudrait que les taux de croissance renouent avec leur rythme de 2017, année de fort essor économique. Ce scénario paraît peu probable au vu des incertitudes politiques et du durcissement attendu des politiques monétaires dans la plupart des économies développées.

Condition non remplie

L’inflation globale a légèrement baissé, à 2,0% au mois d’août. Le prix du pétrole reste un des moteurs de l’inflation globale, l’énergie contribuant à hauteur de 0,9 point de pourcent à l’inflation actuelle. En janvier 2017, Mario Draghi affirmait que pour la BCE, une hausse de l’inflation égale ou supérieure à son objectif politique de «presque 2%» ne serait durable que si elle ne résultait pas de composants volatils comme les prix de l’énergie ou des denrées alimentaires. Cette condition est loin d’être remplie, malgré l’inflation globale actuellement de plus 1,8% dans 12 des 19 Etats membres de l’UEM.

*Chief Economist chez Swiss Life Asset Managers






 
 

AGEFI



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