Prudence à l’embauche en Suisse

jeudi, 27.06.2019

Conjoncture. Les risques politiques n’ont toujours pas été éliminés mais la demande intérieure fait cependant preuve de résistance.

Marc Brütsch*

L’analyse de la conjoncture économique dans les pays développés montre aux Etats-Unis que les consommateurs se montrent peu impressionnés par le conflit commercial. Dans la zone euro, la France connaît son propre cycle et en Suisse, le conflit commercial pèse sur le marché du travail.

La prévision du consensus de croissance du PIB réel a été légèrement revue à la hausse dans le sillage de données étonnamment solides au premier trimestre. Notre propre prévision pour 2019 est donc identique au consensus, tandis que nous sommes un peu plus prudents pour 2020. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) attend un rebond de l’activité économique après un passage à vide et table sur un PIB en hausse de 1,7% en 2020.

Le Seco est nettement plus optimiste que nous s’agissant des dépenses d’investissement des entreprises dans l’équipement et les logiciels en anticipant une croissance de 3,2% de cette composante du PIB en 2020 (après 0,8% en 2019). Notre prévision est plus réservée: les dépenses des entreprises devraient augmenter de 1,1% cette année et 1,2% en 2020.

Nous considérons que les risques d’une récession superficielle à moyen terme ont augmenté dans les économies japonaise, allemande ou britannique. Les secteurs exportateurs suisses devraient donc répondre aux vents contraires qui se lèvent par des investissements et un recrutement prudents.  

La prévision conditionnelle d’inflation est un outil de communication essentiel de la Banque nationale suisse (BNS). Selon les projections de juin 2019, l’inflation ne dépassera pas 1,5% d’ici le premier trimestre 2022, même en cas de maintien de la politique monétaire actuelle. Dans un futur proche, nous attendons l’inflation dans la zone cible de la BNS, à savoir 0% à 2%. A court terme, la baisse des prix de l’énergie en juin a même entraîné un nouvel abaissement de notre prévision annuelle pour 2019.

Obstacles politiques persistants en Europe

Dès l’élection de Trump en 2016, nous avions revu à la baisse nos prévisions de dynamique commerciale globale par anticipation de politiques commerciales déstabilisantes. Ainsi, l’an dernier, notre prévision de croissance pour la zone euro en 2019 était relativement prudente alors que l’optimisme régnait.

Depuis, le pessimisme a gagné analystes et investisseurs, sur fond de tensions commerciales mondiales grandissantes. Notre prévision s’est ainsi soudainement transformée en consensus. Nous nous abstenons toutefois d’abaisser nos prévisions pour 2019 et 2020 du fait de l’apparente résistance de la demande intérieure. Les consommateurs profitent d’embellies sur le front de l’emploi et la politique fiscale devrait favoriser la croissance cette année.

Alors qu’en Allemagne, les indicateurs du moral ambiant reculent au second trimestre, le dynamisme de régions et secteurs moins exposés aux tensions commerciales justifie une prévision de croissance autour du potentiel de la région. Néanmoins, les motifs d’inquiétude pour 2020 ne manquent pas et notre prévision de croissance est inférieure au consensus. De nombreux obstacles politiques (conflit commercial, Brexit, tensions Italie-UE) devraient demeurer et continuer de peser sur la croissance en 2020.

L’inflation «proche de, mais inférieure à 2%» visée par la BCE reste hors de portée. Les quatre poids lourds de la zone euro affichent une inflation inférieure ou égale à 1,3%. A mesure que les salaires augmentent, la compression des marges constitue un risque majeur. Des enquêtes économiques indiquent un recul des attentes de prix de vente chez 18 des 19 Etats membres par rapport à 2018. Chypre fait figure d’exception avec ses entreprises davantage en mesure d’augmenter les prix.

Constats principaux: que signifient ces chiffres?

Le marché du travail américain ne dénote pas encore de risques accrus de récession. Le risque de récession à court terme est plus élevé dans les pays particulièrement dépendants des exportations. Etant donné que les attentes inflationnistes sur le marché semblent sous-estimer la tendance à moyen terme, nous prévoyons des taux d’intérêt légèrement plus élevés pour les échéances plus longues jusqu’en fin d’année.

Revue mensuelle des perspectives financières

  • Taux/obligations: baisse des taux d’intérêt par la Fed attendue avant la fin de l’année;
  • Actions: des risques politiques pèsent sur les cours des actions soutenus par les banques centrales;
  • Devises: la BNS sous pression en raison de la politique monétaire de la Fed et la BCE.

* Economiste en chef, Swiss Life






 
 

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