La tendance en 2020 pourrait s’avérer très différente

mercredi, 27.11.2019

Conjoncture. Les investisseurs devront se montrer plus prudents qu’en 2019 pour aborder cette nouvelle année.

Didier Saint-Georges*

Après le répit du premier trimestre, la progression des places boursières marquait le pas depuis la fin du mois d’avril sous l’effet de la détérioration des conditions macroéconomiques, elle-même aggravée par la guerre commerciale sino-américaine. Ce schéma a amené les valeurs de croissance et celles défensives à surperformer massivement les valeurs cycliques. Il a également induit une baisse continue des rendements obligataires, qui a atteint son paroxysme en août. Depuis cette date, la perspective d’un accord commercial, ne serait-ce que partiel, et le soutien renouvelé des banques centrales ont permis aux marchés actions de briser leur plafond de verre. 

En conséquence, la hiérarchie sectorielle s’est inversée, les titres Value et les valeurs cycliques devançant les secteurs de croissance, et les rendements obligataires ont amorcé un rebond. Il est probable que la demande larvée d’actifs à faible duration accumulée durant l’année écoulée soit suffisante pour permettre à cette tendance de perdurer jusqu’à la fin de l’année.

Au-delà de cet horizon, deux éléments sont susceptibles de contrecarrer ce début d’inflexion.

Portée stratégique

Le premier pourrait sembler être d’ordre technique mais a néanmoins une portée stratégique: le resserrement quantitatif de la Réserve fédérale américaine, qui a débuté en 2018 et n’a pris fin qu’en septembre dernier, a constitué une erreur manifeste lourde de conséquences. En effet, le système financier américain est désormais confronté à un problème de liquidité en dollars auquel la Fed n’a pas encore trouvé de solution durable. Cette situation fait peser une menace sur un vaste ensemble de petits établissements financiers américains fortement endettés. Au passage, elle empêche également l’affaiblissement d’un dollar surévalué. L’injection de liquidités au rythme de 60 milliards de dollars par mois décidée par la Fed le mois dernier est de toute évidence insuffisante pour régler le problème. De nouvelles mesures devront être prises sans tarder pour éviter une crise de liquidité. 

Le deuxième élément concerne le paysage politique aux Etats-Unis: le triomphe des intérêts du grand capital sur ceux des classes populaires dans les pays développés ces dix dernières années commence à générer un fort ressentiment social et politique, qui aux Etats-Unis pourrait favoriser la candidature d’Elisabeth Warren aux élections présidentielles. Son programme est ouvertement centré sur une augmentation des impôts et un durcissement de la réglementation visant à réduire fortement les profits des entreprises au bénéfice des salariés. 

Il y a fort à parier certes qu’un programme aussi radical soit édulcoré à supposer qu’Elisabeth Warren remporte les primaires démocrates. Pour autant, il serait certain d’être mal accueilli par les marchés financiers et pourrait porter un nouveau coup aux perspectives du billet vert. Les marchés obligataires quant à eux seraient pris en tenaille entre une ruée sur les valeurs refuges et les besoins de financement d’un programme fortement axé sur les infrastructures et les dépenses sociales. 

Compte tenu de l’interconnexion des marchés mondiaux, les investisseurs devraient sans doute aborder 2020 de manière plus prudente qu’ils ne terminent l’année 2019.

*Membre du Comité d’Investissement Stratégique de Carmignac






 
 

AGEFI




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