Un trimestre à la croissance solide et inattendue en Suisse

jeudi, 06.06.2019

Conjoncture. Le produit intérieur brut enregistre une hausse de 0,6%. Il faut s’attendre à un retournement.

Marc Brütsch*

La croissance du PIB suisse du premier trimestre, passée de 0,3% à 0,6%, a fortement surpris à la hausse. Les statistiques dénotent une bonne résistance compte tenu des tensions commerciales sino-américaines et du ralentissement cyclique de l’industrie européenne. La demande extérieure a stimulé la production dans la pharmacie, l’horlogerie et les instruments de précision. L’activité intérieure (y compris le redressement du BTP après un second semestre 2018 ralenti) a fortement contribué à la croissance. La consommation privée et les dépenses publiques ont elles aussi stimulé l’activité, puisque la contribution du gouvernement à la croissance du premier trimestre a été deux fois plus élevée que sa moyenne des cinq dernières années.

Il faut s’attendre à un retournement de cet élément lors des prochains trimestres, et la solide performance de la consommation des ménages ne se reproduira sans doute pas non plus. Les ventes d’automobiles sont revenues à la normale après un décrochement au second semestre, mais le moral des ménages et les perspectives d’emploi se dégradent. En outre, la modération des dynamiques de croissance multiplie les obstacles pour les exportateurs. Le risque d’escalade des tensions commerciales est réel et le franc s’est sensiblement apprécié face à l’euro ces dernières semaines.

L’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,7% en avril en glissement annuel, comme nous nous y attendions. L’inflation devrait rester dans la moitié basse de la fourchette de 0 à 2% visée par la Banque nationale suisse, qui n’est donc nullement pressée d’abandonner sa politique de taux d’intérêt négatifs. Les prix de l’énergie semblent avoir atteint un pic et ne devraient plus alimenter l’inflation, tandis que la remontée récente du franc suppose une moindre pression des prix des importations. En parité des pouvoirs d’achat, le franc suisse est de nouveau surévalué de plus de 10% par rapport à l’euro.

Craintes de retombées négatives dans la zone euro

Jusqu’au mois dernier, nos prévisions de croissance 2019 étaient inférieures au consensus depuis leur première publication, en janvier 2018. Ce n’est plus le cas. Les chiffres étonnamment positifs du premier trimestre pour tous les pays de la région ont tiré nos prévisions à la hausse pour l’année 2019. Si analystes et investisseurs sont devenus plus pessimistes face aux tensions commerciales mondiales, l’économie profite toujours d’une demande intérieure soutenue. Les ménages bénéficient d’un marché du travail plus favorable et les politiques budgétaires devraient dynamiser la croissance cette année.

Le pessimisme provient d’indices de sentiment économique déprimés, surtout dans l’industrie allemande, mais la bonne tenue des autres secteurs ou régions mériterait plus d’attention. Certes, l’indice PMI manufacturier est passé sous les 50 points fatidiques en Allemagne, en Italie et en Autriche, mais il reste en zone d’expansion en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Irlande et, plus encore, en Grèce. L’indice PMI manufacturier italien s’est relevé en avril après le point bas de plusieurs années enregistré au premier trimestre. Le risque de retombées négatives des problèmes des constructeurs automobiles allemands sur d’autres secteurs, tels les services ou le BTP, n’est pas négligeable pour la zone euro, mais les solides dynamiques des régions et secteurs moins exposés aux tensions commerciales justifient toujours des prévisions proches du potentiel de croissance.

La date tardive de Pâques a perturbé les chiffres de l’inflation, à la baisse en mars, puis à la hausse en avril. L’inflation annuelle devrait retomber à 1,4% en mai et s’établir en moyenne à juste 1,3% le reste de l’année, si les prix des services se stabilisent. Un marché du travail tendu et l’accélération de la croissance des salaires pourraient porter l’inflation sous-jacente moyenne de 1,1% ce trimestre à 1,5% au quatrième trimestre 2019.

*Economiste en chef de Swiss Life






 
 

AGEFI



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