Le rebond pourrait s’essouffler

jeudi, 14.03.2019

Conjoncture. Le contexte actuel n’est pas de nature à nourrir une poursuite très puissante de la hausse boursière.

Benjamin Melman*

Le rebond des actifs risqués s’est poursuivi en février sans grande conviction de la part des investisseurs, au regard de la modestie des flux vers les marchés d’actions depuis le 1er janvier. Il faut dire qu’au-delà du retour à la neutralité des banques centrales dès le début d’année, les fondamentaux n’ont pas sensiblement évolué depuis le quatrième trimestre 2018, caractérisé par le krach des marchés.

Apaisement des craintes entourant la liquidité 

Nous sommes convaincus du rôle joué par les banques centrales dans le plongeon boursier et notamment l’impact lié à la contraction rapide de la croissance de la liquidité mondiale (imputable à la politique restrictive des bilans de la Fed et de la BCE). L’annonce de la fin prochaine du quantitative tightening de la Fed, mais aussi l’éventualité d’une nouvelle salve de prêts à long terme (TLTRO) de la part de la BCE à destination des banques de la zone euro cette année évacue donc une crainte significative concernant la liquidité. Ensuite, la conviction des investisseurs que la Réserve Fédérale a achevé son cycle de hausse de taux et que la BCE est encore très loin de son premier resserrement monétaire rassurent également. Autrement dit, le rebond des marchés est justifié et le risque semble ponctuellement plus faible.

Les risques perdurent

Pour autant, même si l’économie américaine s’affiche assez robuste en ce début d’année et que quelques signes précurseurs du côté du crédit à l’économie et de l’investissement en infrastructures laissent espérer un redémarrage progressif de l’économie chinoise (ce qui matérialiserait notre scénario économique), le contexte fondamental manque pour l’heure de direction et n’est pas de nature à nourrir une poursuite très puissante du rebond boursier. 

Quelques risques perdurent tandis que les valorisations se sont désormais normalisées. Les investisseurs, très pessimistes jusqu’à présent quant à l’issue des négociations commerciales, sont devenus bien optimistes, suite aux propos encourageants des dirigeants américains et chinois dont l’intérêt évident de part et d’autre est de trouver une solution. Mais ne négligeons pas la complexité des enjeux, de même que la possibilité d’un accord a minima qui ne solderait pas l’ensemble des différends.

Pas de raison de rester surpondérés en actions

Il est probable que les prochaines semaines soient un peu plus hésitantes et à ce titre, il n’y a plus de raisons de rester surpondérés en actions. Nous réduisons notre exposition sur les actions émergentes, qui ont déjà bénéficié d’un retour significatif de flux des investisseurs au point que nous nous demandons si elles ne sont pas devenues trop consensuelles. Et nous remontons le poids des obligations émergentes qui doivent pouvoir continuer de bénéficier de la neutralité bienveillante de la Réserve Fédérale.

Nous restons sous-exposés sur le dollar mais remontons légèrement le niveau d’exposition. Le billet vert est resté assez stable face aux grandes devises alors qu’il avait de bonnes raisons de baisser suite au changement de politique monétaire de la Fed. Vu que cet assouplissement monétaire est désormais intégré par les investisseurs, les facteurs baissiers sur le dollar s’en trouvent allégés.

*CIO allocation d’actifs et dettes souveraines, Edmond de Rothschild Asset Management






 
 

AGEFI



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