Conjoncture et caisses de pension: des sources d’inquiétude

mercredi, 05.02.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Depuis trois ans déjà, le thème de la prévoyance vieillesse est en tête des préoccupations de la population suisse. Il devance les frais de santé élevés, la question des migrations ou l’environnement.

Le système de prévoyance suisse est sous pression en raison de l’évolution démographique et de l’enlisement des réformes. Le contexte d’intérêts négatifs durable et les incertitudes mondiales viennent encore aggraver la situation. L’accord partiel récemment signé dans le litige commercial entre les Etats-Unis et la Chine ne devrait guère apporter d’amélioration dans l’immédiat. Il a certes un peu rassuré les investisseurs, mais il faudra sans doute attendre le second semestre pour que l’économie mondiale et donc les exportateurs helvétiques puissent reprendre leur souffle. 

Les banques centrales à la rescousse

Comme en 2019, les banques centrales sont de nouveau prêtes cette année à venir au secours de la croissance économique si celle-ci se trouvait en difficulté. En cas de faiblesse conjoncturelle aux Etats-Unis, la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait abaisser jusqu’à trois fois ses taux directeurs. 

Si la Banque centrale européenne (BCE) réduit ses taux d’intérêt en mars en réaction à la politique monétaire de la Fed, elle mettrait ainsi directement la pression sur la Banque nationale suisse (BNS) pour en faire de même.

Une redistribution préoccupante

Outre les risques à court terme, d’autres incertitudes assombrissent les perspectives économiques du système de prévoyance. Dans le 2e pilier, l’ampleur de la redistribution - non prévue par le système - des actifs vers les retraités est particulièrement inquiétante. Le taux de conversion minimum trop élevé entraîne actuellement une redistribution de presque 7 milliards de francs par an des actifs vers les retraités. Si l’on n’y met pas un frein, le niveau de vie des futures générations baissera.

Ces dernières années, beaucoup de caisses de pension ont fait leurs devoirs. En procédant à des ajustements tournés vers l’avenir, tels que l’augmentation des cotisations et l’application de taux de conversion équitables, la plupart des institutions de prévoyance professionnelle qui assurent plus que le minimum obligatoire ont réussi à poser des bases financières solides.

Leurs réformes ont également profité aux employeurs qui y sont affiliés. En effet, une solution de prévoyance professionnelle durable est un critère important pour offrir un emploi attractif dans un marché du travail concurrentiel. Toutefois, si le système n’est pas remanié, la situation va continuer à se dégrader.

Une réforme au détriment des jeunes

Fin 2019, le Conseil fédéral a mis en consultation sa proposition de réforme des prestations d’assurance obligatoires du 2e pilier. L’abaissement immédiat du taux de conversion minimum de 6,8 à 6,0% est un pas dans la bonne direction. Il convient également de saluer l’amélioration de l’assurance des personnes percevant des bas salaires grâce à la réduction de la déduction de coordination.

Pourtant, la proposition mise en consultation n’atteint pas le principal objectif: juguler la redistribution des jeunes vers les plus âgés. En cause, les versements compensatoires pour une durée indéterminée à tous les futurs retraités, financés par les cotisations sociales des actifs, que réclame le projet. Si la redistribution actuelle profite surtout aux personnes assurées dans le régime obligatoire, elle profiterait à l’avenir aussi aux nouveaux retraités assurés dans le régime surobligatoire qui jouissent d’une bonne situation financière. Le cercle des bénéficiaires de la redistribution serait alors élargi au détriment des jeunes, au lieu d’être réduit.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI




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