Un ralentissement qui constitue un retour à la normale

mardi, 02.04.2019

Conjoncture. Après l’exceptionnelle vigueur de 2017 et 2018, il faut s’attendre en Suisse à une croissance plus ordinaire.

Marc Brütsch*

L’OCDE a nettement réduit ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2019, de 1,8% à 1,0%, mais comme les chiffres du consensus tendaient à la baisse depuis novembre 2018, l’effet de surprise fut limité. Les incertitudes du Brexit et du commerce international pèsent visiblement sur tous les pays exportateurs de la région. Outre la modération de la dynamique mondiale, l’industrie allemande a subi trois revers. D’abord, la nouvelle norme antipollution a massivement retardé la production automobile au second semestre 2018, même si les derniers chiffres des nouvelles commandes et immatriculations en Europe indiquent qu’il pourrait s’agir d’un effet temporaire. La production industrielle pourrait se redresser encore ces prochains mois. Ensuite, le bas niveau des voies fluviales de transport, telles que le Rhin, avait freiné l’activité des industriels allemands, mais l’eau est remontée en mars et le fret devrait se normaliser. Enfin, le troisième frein pour les industriels et constructeurs automobiles européens ne devrait pas disparaître aussi facilement: les Etats-Unis pourraient annoncer d’ici mai un nouveau barème de droits de douane pour les importations de voitures. 

Ce que les choses peuvent changer en un an! Il y a douze mois, nous attendions pour 2019 une croissance du PIB suisse de 1,3%, bien en dessous du consensus (alors à 1,8%). Les incertitudes quant aux dynamiques commerciales mondiales et le net recul des nouvelles commandes rapporté dans les enquêtes auprès des entreprises manufacturières ont fortement tiré en baisse les prévisions de croissance pour cette année. En mars, le groupe d’experts de la Confédération a revu son estimation de croissance annuelle de 1,5% à 1,1 %. Swissmem, l’association des professionnels de l’industrie des machines et de l’équipement électrique, a annoncé un recul de ses nouvelles commandes de 11% sur un an au quatrième trimestre 2018. Les exportations d’autres secteurs comme la pharmacie ou les services semblent mieux résister et devraient contribuer positivement à la croissance du premier trimestre 2019. Il importe de comprendre que le ralentissement qu’affiche l’économie suisse constitue en fait un retour à un rythme plus normal après l’exceptionnelle vigueur des années 2017 et 2018.

Comme les prévisions de croissance, les projections actuelles d’inflation pour 2019 ont nettement diminué en un an, avant tout en raison de la chute des cours du pétrole. Par rapport au quatrième trimestre 2018, le prix final du fioul domestique avait baissé de 11% en moyenne à la mi-mars 2019. Même si les cours du brut se sont remis des plus bas atteints fin 2018, il y a peu de chances que nous relevions nos prévisions d’inflation en 2019 sachant que la composante des loyers dans l’indice des prix à la consommation va certainement rester stable, voire diminuer progressivement jusqu’en décembre. Notre scénario de base à horizon 2021 table sur une inflation dans le bas de la fourchette de stabilité des prix de 0% à 2% de la BNS.

*Economiste en chef de Swiss Life






 
 

AGEFI



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