Vaccin contre le Covid-19: vite et bien, est-ce possible?

mardi, 28.07.2020

Compétition planétaire aux enjeux financiers énormes, la quête d'un vaccin contre le Covid-19 avance à une vitesse inédite. Mais gare aux effets d'annonce et aux espoirs déçus.

Paul Ricard/ AFP

Seuls quatre candidats vaccins sont au stade le plus avancé de phase 3, où l'efficacité est mesurée à grande échelle.(Keystone)

Dans son dernier point daté du 24 juillet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 25 "candidats vaccins" évalués dans des essais cliniques sur l'homme à travers le monde, contre onze à la mi-juin. La plupart de ces essais en sont encore au stade de phase 1, visant avant tout à évaluer la sécurité du produit, ou à l'étape suivante, la phase 2, où l'on explore déjà la question de l'efficacité.

Seuls quatre candidats vaccins sont au stade le plus avancé de phase 3, où l'efficacité est mesurée à grande échelle. Le dernier en date est celui de la société américaine Moderna, qui a débuté lundi cette ultime phase durant laquelle il sera testé sur 30'000 volontaires.
Deux projets chinois sont entrés dans la phase 3 depuis la mi-juillet: celui du laboratoire Sinopharm, testé aux Emirats arabes unis avec un objectif de 15'000 volontaires, et celui du laboratoire Sinovac, testé sur 9000 professionnels de santé au Brésil, en partenariat avec
l'institut de recherche brésilien Butantan.

Différentes approches

Le quatrième projet en phase 3 est européen. Mené par l'université d'Oxford, en coopération avec la société AstraZeneca, il est testé au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. Outre les essais déjà entamés, l'OMS comptabilise 139 projets de candidats vaccins en phase préclinique d'élaboration.

Il existe différentes approches, basées soit sur des catégories de vaccins éprouvées soit sur des techniques expérimentales. Certaines équipes travaillent sur des types de vaccins classiques qui utilisent un virus "tué": ce sont les vaccins "inactivés" (comme ceux de Sinovac et Sinopharm).

Il y a également des vaccins dits "sous-unitaires", à base de protéines (des antigènes) qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus. D'autres vaccins, dits "à vecteur viral", sont plus innovants: on utilise comme support un autre virus que l'on transforme et adapte pour combattre le Covid-19. C'est la technique choisie par l'université d'Oxford avec un adénovirus (famille de virus très courants) de chimpanzé.

Résultats "encourageants"

Enfin, d'autres projets novateurs sont basés sur des vaccins "à ADN" ou "à ARN", des produits expérimentaux utilisant des morceaux de matériel génétique modifié. C'est le cas de celui de Moderna.

"Plus il y a de candidats vaccins, et surtout plus il y a de types de candidats vaccins, plus on a de chances d'aboutir à quelque chose", explique à l'AFP Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations, rattachée à la haute autorité de santé (HAS) française.

Les résultats préliminaires de deux candidats vaccins, celui de l'université d'Oxford (pour sa phase 1/2) et celui d'une société chinoise, CanSino (pour sa phase 2), sont parus le 20 juillet dans la revue médicale The Lancet.

Ces résultats sont jugés encourageants. Ils montrent que les deux vaccins provoquent "une forte réponse immunitaire", en déclenchant la production d'anticorps et de lymphocytes T. En outre, ils sont bien tolérés par les patients. Aucun effet indésirable grave n'a été enregistré, les effets secondaires les plus fréquents étant des maux de tête, la fièvre, la fatigue et une douleur au point d'injection du vaccin.

Quelques mois d'immunité

Pour autant, il est bien trop tôt pour tirer des conclusions. "On ne sait pas encore si ces niveaux d'immunité peuvent protéger contre l'infection [...] ni si ce vaccin peut protéger les plus fragiles des formes graves de Covid-19", a commenté Jonathan Ball, professeur de virologie moléculaire à l'université de Nottingham (Royaume-Uni), qui n'a pas participé à ces recherches.

Par ailleurs, une étude britannique rendue publique mi-juillet suggère que l'immunité basée sur les anticorps pourrait disparaître en seulement quelques mois dans le cas du Covid-19, ce qui risque de compliquer la mise au point d'un vaccin efficace à long terme.
Partout dans le monde, les procédures ont été accélérées de façon inédite. C'est particulièrement vrai en Chine, pays qui a vu émerger le virus SARS-CoV-2 et veut être le premier à disposer d'un vaccin.

Des levées de fonds internationales ont été lancées par les Etats et de grosses fondations. Cela permet aux entreprises de mettre en place le processus industriel de fabrication de leur vaccin en même temps qu'elles travaillent à son élaboration, deux étapes d'habitude distinctes.

Problèmes de sécurité

"Pour autoriser un vaccin contre le Covid-19, il faudra que les essais cliniques apportent un fort niveau de preuve sur sa sécurité, son efficacité et sa qualité", a prévenu l'agence européenne du médicament (EMA). Aller trop vite dans les essais cliniques peut en effet "poser problème" en termes de sécurité, souligne Daniel Floret.

Selon lui, "l'un des points-clés sera d'apporter la preuve que le vaccin n'est pas susceptible d'entraîner une exacerbation de la maladie", c'est-à-dire de la rendre plus grave chez les personnes vaccinées, à l'opposé de l'objectif. C'est arrivé sur des singes "lors de tentatives de développement de vaccins contre le MERS-CoV et le SARS", deux autres coronavirus.

Chez l'homme, ce phénomène d'aggravation de la maladie avait également été observé dans les années 1960 avec certains vaccins contre la rougeole, qui ont été retirés, et contre la bronchiolite du nourrisson, qui a été abandonné, rappelle l'expert.

L'EMA estime "que cela pourrait prendre au moins jusqu'au début 2021 pour qu'un vaccin contre le Covid-19 soit prêt à être approuvé et disponible en quantité suffisante" pour un usage mondial. Dans le pire des scénarios, il reste possible que l'on n'arrive jamais à mettre un vaccin au point.(AWP)






 
 

AGEFI



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