Nouveaux futures sur les huiles usagées

mardi, 29.09.2020

COMMODITY PRODUCT SPREAD. Une stratégie de couverture sur des contrats à terme permettant d’acheter la matière première et vendre simultanément un produit issu de cette matière.

Levi-Sergio Mutemba

Les traders viennent de faire leurs premiers pas dans le négoce de contrats à terme sur l’huile usagée (Used Cooking Oil ou «UCO») et son dérivé l’ester méthylique d’huile usagée (EMHU) ou Used Cooking Oil Methyl Esther (UCOME). Des produits issus de la biomasse entrant dans la fabrication de biodiesels en Europe. C’est ce qu’a annoncé la semaine dernière le leader mondial des marchés à terme CME Group (CME). Qui précise que, après avoir lancé quatre nouveaux futures sur les carburants renouvelables le 17 août dernier, dix contrats sur l’UCOME ont commencé à être négociés le 16 septembre, avec des positions ouvertes (open interest) s’élevant à 65 au 22 septembre. 

«Face à l’accélération de la demande de produits basés sur les résidus et les déchets destinés à produire de l’énergie propre, notre nouveau contrat sur l’huile de cuisson usagée aidera les clients à mieux gérer le risque de prix associé à ce marché en développement», explique Peter Keave, en charge de la division Energy du CME, dans un communiqué. Tullett Prebon Energy & Commodities, filiale du courtier interprofessionnel global TP ICAP, est par ailleurs le premier intermédiaire à organiser des transactions sur ce nouveau contrat pour le compte de ses clients (institutionnels). 

Parmi ces nouveaux contrats négociés sur la plateforme de dérivés de matières premières NYMEX (filiale du CME), l’un est un accord basé sur la valeur relative et combine ainsi deux transactions en une. Le contrat UCOME Biodiesel (RED Compliant) fob ARA (Argus) vs Low Sulphur Gasoil Futures (UCOME Futures) applique une stratégie de trading appelée commodity product spread, qui entre dans la catégorie des stratégies dites de futures spreads, également mis en œuvre avec d’autres classes d’actifs. Le commodity product spread consiste à acheter un contrat à terme sur une matière première et à vendre simultanément un autre contrat à terme sur un produit fabriqué à partir de cette même matière première. L’une des applications les plus anciennes et les plus courantes est le Soybean Crush Spread, consistant à être long (acheteur) sur le soja et short (vendeur) sur le tourteau ou l’huile de soja. En l’occurrence, le contrat UCOME Futures consiste en une position longue sur l’EMHU et en une position vendeuse sur des lots de 100 tonnes métriques de diesels à faible teneur en soufre (low-sulphur diesel), stockés dans les barges des ports de la région ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers) et qui servent de sous-jacents au contrat ICE Low Sulphur Gasoil Futures négocié à l’Intercontinental Exchange (ICE). 

«Nous sommes heureux de constater la première transaction de ce spread trade entre l’EMHU et son dérivé, dès lors que ce type d’instruments de couverture aide les entreprises à gérer le risque d’un marché important et à croissance rapide», note Adrian Binks, président et CEO d’Argus Media, l’un des leaders mondiaux de l’évaluation de prix et de l’analyse des données pour les marchés énergétiques. Argus fournit également les cotations pour les contrats UCO et UCOME. 

Les contraintes réglementaires européennes

Les contrats de spread ont un double avantage.

Premièrement, ils coûtent moins chers qu’une opération de couverture traditionnelle impliquant deux transactions séparées, à savoir l’achat d’un contrat et la vente d’un autre.

Deuxièmement, ils permettent à l’ensemble des opérateurs commerciaux, détenant physiquement les matières et leurs dérivés industriels, de gérer la volatilité de prix sur l’ensemble de la chaîne de production. Et ce en gérant les écarts de prix entre une ressource naturelle et son état transformé. De sorte que le gain généré par la partie gagnante des deux positions couvre plus que proportionnellement la perte mécaniquement produite sur l’autre partie. 

Enfin, les contraintes réglementaires européennes favorisent de fait une certaine volatilité structurelle des prix, le régulateur imposant des minimas de plus en plus contraignant quant à la part (10% actuellement) des sources d’énergies renouvelables devant entrer dans la consommation de carburant dans le secteur des transports. 

Dans le cadre de son dernier paquet réglementaire (Une Énergie Propre Pour Tous), l’Union Européenne fixe par ailleurs une contribution minimale d’au moins 14% des sources renouvelables dans ce secteur d’ici 2030. 






 
 

AGEFI



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