Commentaires de marché suite aux élections législatives britanniques

vendredi, 09.06.2017

Suite aux résultats des élections générales anticipées au Royaume-Uni, certains économistes livrent leurs perspectives.

En perdant sa majorité absolue au Parlement, la cheffe du gouvernement conservateur a raté son pari de renforcer son autorité.

Paul Hatfield, CIO Global chez Alcentra (BNY Mellon IM)
Un Parlement sans majorité pourrait accentuer la complexité des négociations,déjà tendues, sur le Brexit, générant une incertitude néfaste pour les marchés.Le doute politique et l’incapacité à adopter de véritables réformes devraiententraîner les marchés à la baisse, tandis que la livre sterling devrait réagir àl’actualité relative à l’issue possible des négociations commerciales.

Paul Brain, Responsable de la Gestion Obligataire chez Newton (BNY Mellon IM)
Si l’incertitude générée par l’absence de majorité risque de faire chanceler lesmarchés, cette instabilité devrait être de courte durée. Le recul probable de la livreface à l’euro pourrait entraîner une légère dégradation des prévisions de croissanceen Europe.


Howard Cunningham, Gérant Obligataire chez Newton (BNY Mellon IM)
Le scénario d’un parlement sans majorité (non anticipé actuellement par lesopérateurs de marché) pourrait entraîner une réaction plus forte des marchés. Lahausse de l’incertitude pénaliserait la livre sterling, et les emprunts d’Étatbritanniques pourraient, dans un premier temps, profiter d’une « fuite vers laqualité » dans le contexte des actifs et investisseurs britanniques. La probabilitéd’un gouvernement dirigé par le Parti conservateur n’exclut pas que des dépensespubliques supplémentaires soient nécessaires pour convaincre un autre partipolitique de prendre part à une coalition, ce qui pousserait les rendements et lesvolumes d’émission des emprunts d’État britanniques à la hausse. En outre, ungouvernement de coalition, par définition moins stable, inciterait les investisseurs à exiger une primede risque plus élevée, menant à une pentification de la courbe des taux.Cependant, en cas d’émergence d’une coalition emmenée par le Parti travailliste, un tel scénario auratrès probablement pour effet de tirer les rendements des emprunts d’État vers le haut (l’augmentationdes dépenses publiques générant une hausse des volumes d’émission des Gilts), tandis que lahausse plus rapide des salaires minimum, de base et du secteur public déclencherait une remontéede l’inflation (ces deux facteurs pénalisent les obligations en général). Les emprunts d’État indexéssur l’inflation pourraient certes surperformer les emprunts d’État conventionnels, mais ils pourraiententraîner des pertes pour les investisseursConcernant le Brexit, facteur déterminant pour le taux de change et le rendement des emprunts d’Étatà long terme, la position britannique serait moins tranchée dans l’éventualité d’un parlement sansmajorité, et il faudrait plus de temps pour définir une position interne commune, ce qui réduiraitd’autant le temps disponible pour parvenir à un accord avec l’UE. Un tel scénario réduirait les chancesd’un accord optimal pour toutes les parties prenantes. Si les institutions de l’UE seraient ravies defaire face à un Royaume-Uni plus divisé (et moins bien préparé) à la table des négociations, l’impactpotentiel de cette incertitude accrue sur les marchés et les économies ne manquerait pas d’inquiéterles gouvernements nationaux et les banquiers centraux des deux côtés de la Manche.


Rowena Geraghty, Analyste Dette Souveraine chez Standish (BNY Mellon IM)
Ce résultat se traduira par un gouvernement instable, peu susceptible de résister àla période de négociations tendues sur le Brexit. De nouvelles élections pourraientavoir lieu fin 2018/début 2019, lorsque l’issue des négociations sera connue. Laperte de la majorité conservatrice aura des répercussions sur le leadership de laPremière ministre Theresa May, qui sera probablement remis en cause par desparlementaires plus eurosceptiques, ce qui pourrait entraîner la nomination d’unnouveau chef du gouvernement. Ce résultat soulève également de nombreusesincertitudes sur l’orientation de la politique fiscale. Nous anticipons une dépréciationde la livre sterling sur fond d’inquiétudes concernant la possibilité d’une sortie del’UE sans accord, tandis que les emprunts d’État resteront exposés aux sautesd’humeur des marchés.

Commentaire de Gero Jung – Chef Economiste de la Banque Mirabaud
Le résultat des élections législatives britanniques augmentent l'incertitude relative aux négociations sur le Brexit. La livre sterling en supportera le poids.La perte par les conservateurs britanniques de la majorité absolue au Parlement rendra la prise de décision plus difficile dans un gouvernement de coalition ou minoritaire. La hausse de l'incertitude affectera le début des négociations sur le Brexit et la politique fiscale au Royaume-Uni. Ce résultat intensifie également les risques de ralentissement de l'économie britannique renforçant les faiblesses constatées depuis le début de l'année. En matière d'investissement, cet évènement devrait principalement se diffuser à court terme sur le marché des devises, et nous réitérons notre vue négative sur la livre sterling. Nous n'attendons pas de forte chute des marchés actions à court terme et certaines valeurs exportatrices pourraient même bénéficier de l'affaiblissement de la devise. Ainsi, nous ne modifions pas notre positionnement neutre sur les actions au Royaume-Uni. Sur le marché du crédit, nous nous attendons à un écartement des écart de taux d'intérêt.

Michael Metcalfe,Responsable monde de la Stratégie Macro chez State Street Global Markets
«Les marchés ne s’étaient guère préparés à la surprise de ce résultat au Royaume-Uni. Si le resserrement spectaculaire des sondages avant le vote avait introduit un élément de doute, la plupart n’envisageaient aucun autre scénario que celui d’une victoire pure et simple du Parti Conservateur. Ce dont nous pouvons être sûrs aujourd’hui est que l’incertitude politique et la prime sur les actifs britanniques augmenteront considérablement. Les lignes des partis et les frontières qui les délimitent sont très différentes de celles du parlement sans majorité de 2010, rendant la formation de coalitions efficaces d’autant plus difficile. Les risques d’un gouvernement minoritaire, voire même de nouvelles élections dans les douze prochains mois sont beaucoup plus importants. Le gouvernement n’ayant pas réussi à franchir son premier obstacle électoral, l’approche de celui du Brexit, potentiellement plus important et plus dangereux, sera certainement retardée. C’est un choc que les marchés avaient mal anticipé, et par conséquent, la livre sterling devrait demeurer sous pression.»

Bill Street, Responsable EMEA des investissements chez State Street Global Advisors:
 «Si la livre sterling a connu un accès de faiblesse au cours des dernières semaines de la campagne électorale, les marchés s’attendaient malgré tout à une majorité conservatrice. La faiblesse initiale de la livre n’est donc pas une surprise et devrait perdurer, étant donné que les investisseurs internationaux exigeront une plus grande prime de risque. La livre est déjà considérablement sous-évaluée par rapport au dollar et à l’euro, reflétant des incertitudes liées à l’avenir. De telles sous-évaluations ont tendance à se corriger sur des horizons de long terme et il est possible que les résultats de l’élection mènent à un Brexit moins dur. Cependant, aucun mouvement significatif à la hausse ne se produira  tant qu’il n’y aura pas une plus grande certitude quant à l’issue du Brexit.

La réaction initiale d’aversion au risque sur le marché fera fortement baisser les rendements des gilts. A court terme, nous pensons que ce mouvement se poursuivra tant que prévaut l’incertitude politique. Toutefois, l’émergence d’une coalition dirigée par les Travaillistes pourrait contribuer à un environnement baissier pour les rendements. Alors que les marchés intègrent les promesses de campagne sur la relance fiscale et une sortie du Brexit plus en douceur, nous pensons que les rendements des gilts pourraient être sur la voie d’un mouvement haussier à moyen terme.»


 

 
 

 
 

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