La micro tente d’éclipser la géopolitique

lundi, 23.07.2018

Commentaire hebdomadaire. Les résultats des entreprises ont animé les marchés actions mais Donald Trump, la fébrilité de la zone asiatique et l'accord UE-Japon ont gardé le devant de la scène.

Olivier de Berranger*

Parmi les résultats d'entreprises, les déceptions ont été davantage sanctionnées que les bonnes surprises ont été saluées.

Le spectre de la guerre commerciale plane depuis plusieurs semaines, presque sans discontinuer sur les marchés. La période des publications d’entreprises, qui après les Etats-Unis, débute en Europe, laissait espérer que l’actualité microéconomique reprendrait, un temps, le pas sur la géopolitique et la macroéconomie. Ce n’est finalement guère le cas.

Certes, les publications des sociétés ont animé les marchés actions. Celles de nombreux poids lourds aux Etats-Unis notamment: après de premières publications mitigées dans le secteur bancaire, les résultats de Bank of America, Goldman Sachs et Morgan Stanley ont été salués. Même contraste dans le secteur technologique: Netflix qui a, pour la première fois, déçu sur son nombre d’abonnés, a été lourdement attaqué, de même que eBay, qui a revu à la baisse ses perspectives. A l’inverse, Microsoft a battu les attentes, notamment grâce à ses activités dans le cloud, et IBM a enfin rassuré.

Dans l’ensemble, les déceptions ont été davantage sanctionnées que les bonnes surprises ont été saluées. Constat similaire en Europe: si les bons résultats de SAP ou d’Alstom n’ont pas été «achetés» par les marchés, Publicis ou Stora Enso ont en revanche souffert. Le phénomène est encore plus marqué sur les petites et moyennes valeurs. Les mauvais résultats d’Husqvarna et Dormakaba, ainsi que l’avertissement de Wessanen ont fait chuter les titres de plus de 15%. Cette tendance des marchés, que nous observons depuis quelques trimestres, paraît s’intensifier. Elle renforce l’environnement de forte décorrélation au sein des actions.

La géopolitique n’a toutefois pas désarmé. En critiquant la politique monétaire de la Fed et en appelant à un dollar plus faible, le président Trump a fait reculer le billet vert, alors que les discours du président de la Fed, Jerome Powell, devant le parlement l’avait fait encore s’apprécier. Donald Trump a surtout animé la fin de semaine, en évoquant de nouveau le montant d’importations chinoises potentiellement taxées... qui pourrait s’élever à 500 milliards de dollars.

Le tout dans un contexte de fébrilité de la zone asiatique: après avoir publié en début de semaine dernière une série d’indicateurs économiques légèrement inférieurs aux attentes, la Chine continue, fixing après fixing, à déprécier le yuan. L’Europe n’est pas en reste. Alors que Jean-Claude Juncker a adopté un ton ferme en prévision de sa rencontre avec Donald Trump ce mercredi, la Commission européenne renforce ses liens avec ses autres partenaires commerciaux. L’institution a ainsi notamment officialisé la création d’une vaste zone de libre-échange avec le Japon.

Au final, une semaine dense. Si les publications d’entreprises ont retenu l’attention des analystes, elles ne seront pas parvenues à reprendre à la géopolitique le gouvernail de la direction des marchés.

Zoom sur deux titres

ASML, le leader mondial des systèmes lithographiques destinés à l’industrie des semi-conducteurs a publié de très bons résultats au titre du 2e trimestre. Le groupe néerlandais a dévoilé des objectifs pour le reste de l’année supérieurs aux attentes. A 2,74 milliards d’euros, le chiffre d’affaires dépasse les objectifs et les attentes du consensus. A noter notamment les revenus des machines EUV (extrême ultraviolet), qui dépassent largement les anticipations, à 668 millions d’euros. L’EBIT et le résultat net sont également significativement au-dessus des attentes. Seules les prises de commandes ressortent légèrement inférieures. Rappelons toutefois que ce chiffre peut être assez volatile d’un trimestre à l’autre.

Au-delà de ces très bons résultats, ASML a annoncé des objectifs ambitieux pour la fin d’année. Les objectifs de chiffre d’affaires pour le troisième trimestre et ceux de marge brute (attendue à 47%-48%) sont supérieurs à ceux du consensus. Le groupe de Veldhoven a aussi dévoilé ses objectifs de livraisons de machines EUV: 20 unités en 2018, soit 13 livraisons pour le 2e semestre 2018. Enfin, ASML a confirmé son objectif de livraison de machines EUV en 2019 à 30 unités, tout en spécifiant que les gains de productivité ont incité les clients à avancer leurs livraisons de 3 à 6 mois, ce qui est très positif.

Des gains de productivité des machines EUV particulièrement encourageants. Étant donné l’habituel conservatisme du management d’ASML, le consensus s’ajustera à la hausse sur la base des nouveaux objectifs du groupe.

Le chimiste allemand Evonik a publié par anticipation ses résultats du deuxième trimestre, qui ressortent au-dessus du consensus. L’EBE ressort notamment à 742 millions d’euros, contre 691 millions attendus. Ces résultats sont en particulier tirés par les divisions Efficacité des Ressources et Nutrition & soins. Même si la division Matériaux de performance dépasse elle aussi les attentes en termes d’EBE. Les perspectives annuelles ont par ailleurs été revues à la hausse, avec un EBE désormais attendu entre 2,6 et 2,65 milliards d’euros, contre 2,4 à 2,6 milliards en début d’année. A noter que la société s’attend à présent à une hausse notoire du free cash flow cette année, et non plus à une légère hausse.

* CIO, La Financière de l’Echiquier






 
 

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