La saison des résultats doit permettre de se reconcentrer sur les fondamentaux

mardi, 17.07.2018

Commentaire hebdomadaire. Elle a débuté avec la performance des bancaires et se poursuivra avec les valeurs technologiques.

Enguerrand Artaz*

Les investisseurs commenceraient-ils à considérer la guerre commerciale comme un nouveau paradigme avec lequel il va falloir apprendre à vivre? Ou bien rejettent-ils massivement l’hypothèse, pourtant réelle, d’une escalade? C’est en tout cas la question que pose le comportement particulièrement complaisant des marchés actions au cours de la semaine dernière. Lundi, les grands indices ont nettement rebondi, en particulier en Asie, alors même qu’à la veille du week-end avaient été officiellement mis en place les tarifs douaniers aux Etats-Unis et en Chine sur 34 milliards de dollars d’importations de part et d’autre. Peut-être certains investisseurs s’attendaient-ils à ce que l’officialisation des taxes américaines provoque une surenchère chinoise ou de nouvelles annonces de Donald Trump. 

Mercredi néanmoins, la publication d’une nouvelle liste de produits chinois, représentant 200 milliards de dollars d’importations, pouvant être taxés à 10% à partir de septembre, a donné un coup de frein à cette dynamique. Cette liste était néanmoins attendue, Donald Trump en ayant fait à plusieurs reprises la demande à son représentant au Commerce. Elle donnera lieu à une consultation publique qui durera deux mois, donnant ainsi le temps à la mise en place de négociations. Ainsi, rapidement, les marchés sont repartis à la hausse. Pour plusieurs raisons: d’abord, les propos très positifs du président américain au sommet de l’OTAN (dont on peut néanmoins douter du véritable impact économique); ensuite, des rumeurs de reprise des négociations sino-américaines, qui maintiennent la possibilité d’un accord constructif; et enfin, l’espoir de résultats d’entreprises aux Etats-Unis supérieurs aux attentes, notamment pour les valeurs technologiques. 

Ce dernier point est important. S’il est compliqué d’anticiper les éventuels développements de la guerre commerciale et les déclarations de Donald Trump, on peut néanmoins penser que les principaux catalyseurs de marché des prochaines semaines seront les publications des résultats d’entreprises. La saison, qui a démarré aux Etats-Unis, avec celle de PepsiCo, est entrée dans le vif du sujet avec les grandes banques vendredi, et se poursuivra avec les valeurs technologiques. 

Grandes gagnantes de ce premier semestre, celles-ci seront particulièrement surveillées.

Si les résultats sont satisfaisants, l’optimisme affiché par les marchés la semaine passée sera conforté. On pourrait assister à quelques prises de bénéfices mais qui ne remettront pas en cause la récente dynamique de rebond des actions.

En revanche, si les résultats déçoivent, étant données les valorisations et la concentration massive d’actifs sur ces valeurs, l’effet pourrait être violent. Quel que soit le sens dans lequel penchera la balance, cela aura au moins une vertu: nous permettre de nous reconcentrer sur les fondamentaux des entreprises. 

Zoom sur le titre Michelin

Après l’annonce du rachat de Fenner il y a quelques mois, Michelin poursuit sa diversification dans le pneu de spécialité, avec l’acquisition du québécois Camso, leader mondial du pneu «hors route». Camso réalise 800 millions d’euros de chiffre d’affaires (soit 4% du chiffre d’affaires de Michelin) et 14,5% de marge d’EBITDA (contre 19% pour Michelin) et sera consolidé dans les pneus de spécialité.

La société est présente sur quatre segments principaux: les pneus pour engins de levage (40% des ventes), pour l’industrie de la construction (32%), pour l’agriculture (20%) ainsi que pour les motoneiges (8%). Le groupe Camso est présent dans des secteurs qui sont complémentaires de ceux de Michelin dans le «hors route», segment sur lequel l’entreprise aura 15% de parts de marché post-transaction. 

L’acquisition s’élève à 1,4 milliard d’euros, ce qui valorise Camso à 11,3 fois l’EBITDA pré-synergies (et 8,3 fois post-synergies). Une valorisation qui nous semble élevée dans l’absolu (Michelin est valorisé à 6 fois l’EBITDA 2018) mais qui se justifie: Camso est un acteur de niche en croissance soutenue avec des marges d’EBITDA perfectibles. A 14,5% aujourd’hui, elles devraient atteindre 19% post-synergies. 

Par ailleurs, grâce à cette acquisition, Michelin devient numéro un mondial du pneu «hors route». Cette acquisition devrait avoir un effet relutif sur les bénéfices de Michelin 2019/2020 de 3 à 4%. Depuis le début de l’année, le groupe a dépensé 3,4 milliards d’euros en acquisitions mais garde un bilan sain, à 0,9 fois dette nette / EBITDA. Le titre, qui a récemment souffert de la baisse du secteur automobile sur fond de guerre commerciale, traite aujourd’hui sur des multiples de valorisation attractifs.

* Analyste Cross Asset à La Financière de l’Echiquier 






 
 

AGEFI




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