Salon de l’auto: une «Genferei» comme clap de fin

mercredi, 01.07.2020

Analyse. Comment la fondation du Salon en est-elle arrivée à offrir sur un plateau son bijou, la plus grande manifestation de Suisse ? Tout laisse à croire à une nouvelle «Genferei» qui mêle le Canton, Palexpo et la fondation.

Matteo Ianni

Ce qui interpelle, c'est que la fondation avait déclaré publiquement en avril dernier qu'en cas de prise de contrôle de la manifestation par Palexpo, les exposants et les constructeurs ne suivraient pas. (Keystone)

15 millions de francs : c'est sur cette base que les négociations seront engagées prochainement entre les organisateurs du Salon de l’auto et Palexpo, désigné comme le repreneur du Geneva International Motor Show (GIMS). Un prix cassé, voire sacrifié. Surtout quand on sait que ses retombées économiques pour le canton de Genève sont évaluées à environ 200 millions de francs.  

C’est pourtant ce que Maurice Turrettini lui-même, président du Conseil de fondation qui détient les droits du Salon a déclaré cette semaine.

Comment la fondation du Salon en est-elle  arrivée à offrir sur un plateau son bijou, la plus grande manifestation de Suisse ? Tout laisse à croire à une nouvelle «Genferei» qui mêle le Canton, Palexpo et la fondation.   

Ce qui interpelle, c'est que la fondation avait déclaré publiquement en avril dernier qu'en cas de prise de contrôle de la manifestation par Palexpo, les exposants et les constructeurs ne suivraient pas. Or, le ton a changé aujourd’hui. Les organisateurs parlent de négociations entamées avec leur hôte pour conclure l’affaire au plus tard fin août. 

Sauf que du côté de Palexpo, ce revirement dérange. «On nous sollicite par voie de presse pour nous dire qu’on veut nous vendre le Salon de l’auto, s’étonne d’un air ironique Claude Membrez, directeur de Palexpo. J’imagine que nous allons être contactés désormais par les principaux intéressés», lance-t-il.   

Preuve de ce désamour entre le GIMS et Palexpo, les déclarations de Sandro Mesquita qui a annoncé qu’il se retirerait en cas de rachat de Palexpo. «Je ne travaillerai pas pour Palexpo», prévient l’actuel directeur du GIMS. «Pour l’instant, rien n’a été décidé sur la future direction. Mais je peux vous dire que si c’est Palexpo qui est choisi, les choses s’arrêteront pour moi», certifie le CEO, arrivé tout juste en mai 2020. Ambiance.  

La communication est tout aussi brouillée entre la fondation et l’Etat de Genève. Par deux fois, elle a refusé un prêt de 16,8 millions de francs pour privilégier subitement la vente de la manifestation. «Les raisons du premier refus se trouvaient dans les conditions du prêt qui n’étaient pas acceptables pour la fondation», commentait fin mai dans nos colonnes Sandro Mesquita. Bis repetita quelques semaines plus tard, malgré la révision des conditions de prêt par le Grand Conseil. 

La brouille politique s’est confirmée lors de la conférence de presse du GIMS de mardi. En aparté, les organisateurs s’en sont pris à Pierre Maudet, accusé d’avoir voulu mettre la main sur l’institution par le biais de Palexpo et poussé à l’organisation d’une manifestation en 2021 dont les exposants ne veulent pas.  

De son côté, le conseiller d’Etat repousse les critiques et s’interroge : «Pourquoi la fondation du Salon a-t-elle finalement renoncé à trouver d'autres sources de financement au prêt de l'Etat de Genève et privilégie aujourd'hui de céder la manifestation au plus offrant ?» Pour certains en effet, cela pourrait être interprété comme un signe que les organisateurs ne croient plus en l'avenir de leur manifestation.  

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui est que le Salon de l’auto est en vente. Aussi incroyable que cela puisse paraître. Un évènement prestigieux pour Genève, qui allait inaugurer sa 90e édition cette année. Fondé en 1905, rétabli en 1923, le Salon de l’auto est la plus grande manifestation du pays attirant régulièrement plus de 600.000 visiteurs et l’une des cinq grandes expositions mondiales de véhicules. Espérons que malgré tout, pour Genève, une issue heureuse soit trouvée. 






 
 

AGEFI



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