Comment Trump et les gilets jaunes ont mis Jupiter KO sur le climat (1/5)

jeudi, 03.01.2019

Anne Tschanz Vakula*

Anne Tschanz Vakula

Mardi 4 décembre, Donald Trump (DT) a ironisé sur les concessions faites par Emmanuel Macron (EM) aux «gilets jaunes» et utilisait les événements dramatiques en France pour démontrer que l’accord de Paris (COP 21) sur le climat est voué à l’échec.

En effet, jusqu’à preuve du contraire, EM a été élu sur la base d’un programme basé sur le système capitaliste selon lequel celui qui travaillerait plus est récompensé plus, et non pas l’inverse. Or, avec le projet d’augmenter le niveau des taxes sur les carburants, le président français a réussi à pénaliser le travail (qui pour beaucoup nécessite un déplacement en voiture) par rapport à l’oisiveté (laquelle est rémunérée donc encouragée en France mais qui ne nécessite pas de déplacement en voiture) sans pour autant «dépolluer» en quoi que ce soit. En effet, comment les 50% des citoyens français qui sont dans le rouge le 15 de chaque mois, bien qu’ils travaillent, pourraient-ils financer l’acquisition d’une voiture électrique, même avec des aides à la conversion?

Il ne manquait que cette goutte d’huile - de la taxe carbone - sur le feu pour entraîner le chaos.

Ainsi, je trouve que paradoxalement DT, en annulant différentes mesures pro-environnement prises par Barak Obama, et en sortant de la COP 21 (dont le texte vise à limiter la hausse de la température moyenne mondiale) a fait plus en faveur de la protection de l’environnement qu’EM avec sa taxe soit disant écologique. Je m’explique. DT, par ses décisions a suscité une immense contre-réaction des milieux économiques et privés, depuis les VCs funds, aux grandes sociétés internationales jusqu’au HNWIs qui financent les nouvelles sociétés et notamment la recherche en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, les GreenHouse Gaz (GHG). «Puisque notre président ne veut pas légiférer pour forcer à polluer moins, nous - en tant qu’individus, employeurs ou employés, entrepreneurs, investisseurs, actionnaires, consommateurs et clients- devons prendre notre destin en main et atteindre par les lois du marché ce que le régulateur refuse de faire.»

Même si cela paraît incroyable, voire révoltant aux yeux des anti-Tump, peut-être qu’un jour, nous nous retournerons et reconnaîtrons que DT est finalement ce qui est arrivé de mieux à la lutte contre le réchauffement climatique!

Pourquoi? Parce qu’il nous aura tous forcés à ne compter que sur nous-même et pas sur l’Etat qui fait les lois et fixe les taxes.

Pour n’importe quel citoyen comme vous et moi, il est très injuste de devoir payer des taxes sur le carbone et de devoir compenser ainsi son empreinte alors que ses voisins dans d’autres pays ne sont eux pas forcés de le faire. Ils gagnent plus, car non soumis à la taxe carbone, alors qu’ils polluent plus. C’est foncièrement injuste! Donc c’est impopulaire... Donc c’est, tôt ou tard, voué à l’échec. CQFD avec les tweets de Donald Trump. Peut-on raisonnablement le suspecter de vouloir un futur avec un air très pollué lui qui a tant d’enfants et petits enfants, alors qu’EM n’en n’a aucun?

Ces réflexions, auxquelles je n’aurais probablement pas abouti il y a encore quelques mois, me conduisent à introduire le sujet que je vais développer dans mes quatre prochaines chroniques et que je souhaite citer en anglais: «Sustainable Finance and Impact Investing».

Comme évidemment il n’y aura pas d’emploi, ni profit, sur une planète morte, quelle est la meilleure stratégie globale pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, largement responsables du dérèglement climatique? Eventuellement, devrions-nous sacrifier notre système capitaliste pour garantir notre survie?

En fait, je pense que c’est précisément le système capitaliste, avec sa recherche permanente de maximisation des profits, qui là encore paradoxalement, pourrait nous sauver. Je pense qu’il faut laisser les forces du marché œuvrer toutes seules avec relativement peu d’interventions (peu de taxes et de règlement restrictif ou punitif sans compensation, etc) étant donné qu’elles seraient toujours perçues comme punitives et injustes car elles ne s’appliqueraient pas à nos voisins proches ou lointains tels que la Chine et l’Inde, gros pollueurs et qui se moquent éperdument de l’accord de Paris. On le voit bien avec la crise des gilets jaunes, quand une loi, respectivement une taxe, est foncièrement injuste, c’est l’échec. Les gilets jaunes n’ont pas les moyens financiers de se soucier de leur empreinte carbone.

Je ne dis pas que les gouvernements et les régulateurs ne doivent rien faire pour le climat. Au contraire! Mais (comme Donald Trump), je n’y crois pas, ou plutôt, je pense que c’est largement insuffisant et donc que ce serait risqué, voire dangereux de se reposer sur ce (seul) accord. Je pense que globalement les objectifs de l’accord de Paris ne seront pas (du tout) atteints et du fait que nous aurions tous compter dessus, alors nous aurions un vrai problème en matière de réchauffement: une augmentation avérée et trop tard pour un plan B. Malheureusement, les faits, trois années après la signature me donnent raison: en moyenne, les objectifs de l’accord ne sont pas (du tout) atteints. Il faut l’admettre, malgré la publication de nombreux rapports alarmants sur le climat, le «nous DEVONS réduire nos émissions» ne conduit pas les chefs des gouvernements signataires à l’accord à prendre des mesures significatives en faveur du climat.

Alors quelle solution, quelle stratégie? Déplacer des milliards d’investissement en faveur de start-up et de plus grandes sociétés qui ont trouvé, grâce à une invention (bio) technologique ou grâce à un nouveau modèle d’affaires, comment réduire ou éliminer les émissions GHG tout en produisant avec un coût de revient total inférieur à celui d’autres produits, respectivement d’entreprises établies qui elles polluent plus. Qui dit coût de revient inférieur dit (possibilité de) prix de vente inférieur.

En effet, si «C’EST MOINS CHER», alors là nous n’aurons plus aucune excuse! Je suis convaincue que nous échangerons les produits que nous consommons non pas car cela nous est imposé ou car c’est bien pour notre santé ou même notre survie… mais pour des raisons économiques. C’est aussi simple que cela. Mais il faut que «cela» (développer et commercialiser un maximum de produits et services qui réduisent drastiquement les émissions GHG) se produise très rapidement!

L’argent a toujours été le nerf de la guerre. La guerre contre le réchauffement climatique ne fait pas exception à cette règle.

* Directrice, Sergan Management






 
 

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