Comment réussir en échouant

dimanche, 11.11.2018

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

L’Union Soviétique a reposé pendant longtemps sur ce que l’on appelait «l’agitprop». La propagande était destinée à l’élite pour la convaincre de suivre le parti, tandis que l’agitation visait le bas peuple, incapable de comprendre la philosophie marxiste, mais ouvert à toutes les stimulations émotionnelles.

C’est à cette dernière opération que se livre l’UDC, premier parti du pays. Le prospectus déposé dans les boites aux lettres demande de dire oui à la démocratie directe et oui à l’autodétermination.

Il faut être ignorant du système politique suisse pour s’imaginer que ces piliers des institutions suisses seraient subitement menacés par les 30 traités de libre-échange, les 170 conventions de double imposition, les 85 traités protégeant la propriété intellectuelle, etc qui existent depuis longtemps. L’UDC semble donc frappé de folie subite, comme si elle voulait détruire les relations économiques internationales de la Suisse.

Bien au contraire, l’UDC ne serait pas devenu le premier parti de Suisse s’il avait été guidé par le délire. La démarche est au contraire bien réfléchie.

Les initiatives de l’UDC ne surviennent pas, les unes après les autres, année après année, pour vraiment réussir, mais plutôt pour échouer. Car si elles réussissent, elles produiraient un tel appauvrissement de la population, risqué pour la réputation des initiants.

La méfiance des étrangers

Tant qu’elles échouent, elles ne produisent pas d’effets délétères, mais elles persuadent un tiers de l’opinion publique que ce parti est le seul défenseur intransigeant de la Suisse, tandis que tous les autres la trahissent.

Ces initiatives reposent sur ce sentiment si facile à susciter, la méfiance de l’étranger.

Cela flatte certains électeurs qui se sentent alors supérieurs à ces défectueux qui habitent en dehors des frontières.

En rabaissant les autres, ils s’élèvent eux-mêmes, surtout s’ils n’ont pas de raisons de se féliciter de ce qu’ils sont. Ainsi le parti attire les frustrés de l’existence, les vaincus de la féroce compétition économique, les laissés pour compte de la croissance. Par ce tour de passe-passe, la droite recueille des électeurs de la gauche, excédés par certains bobos qui la guident.

Des conséquences désastreuses

En supposant même qu’une initiative calamiteuse passe la rampe et que la Confédération soit vraiment obligée de l’appliquer avec des conséquences désastreuses, même alors ce serait peut-être bénéfique pour le parti. En s’appauvrissant, la Suisse compterait encore davantage de mécontents qui donneraient la majorité absolue au populisme. C’est exactement ce qui se passe Italie, ce n’est pas impossible.

La politique responsable ne consiste pas à se servir de la Nation afin d’agiter le peuple avant de s’en servir.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI



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