Comment réduire notre empreinte carbone?

dimanche, 03.11.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck.

Comment réduire notre empreinte carbone sans taxes, sans rationnement, sans contraintes législatives. Avant de songer à nous priver de ce que nous aimons, pourrions-nous décider de ne pas consommer ce dont nous n’avons pas besoin? Or, il existe une machine à créer des besoins: la publicité.
Tout d’abord, elle nous fait désirer des objets dont nous n’avons jamais eu besoin. Et ensuite elle nous fait prendre ces mêmes désirs pour des besoins. Sans publicité nous consommerions moins, car ce n’est pas sans en attendre un retour que les firmes font de la publicité. Si elle ne rapportait pas, elle n’existerait pas. Si elle disparaissait, la consommation baisserait.
Mais ce n’est loin d’être évident: toucher à la publicité, c’est affecter la religion du siècle, la société de consommation. La prise de conscience des limites de la consommation constitua jadis le fonds de commerce des associations de consommateur et des ONG environnementalistes. Or, elle débouche maintenant sur un résultat électoral: les partis écologistes ont réussi à mobiliser en trois décennies 21 % de l’électorat helvétique.
L’idéologie de la société d’abondance propose un pacte simple entre gouvernements et gouvernés. La légitimité d’un régime, le succès d’un parti, le pouvoir d’un gouvernement reposent sur la capacité d’accroître le revenu des citoyens. Un Etat peut négliger la protection de l’environnement; à la limite même, il peut suspendre les libertés individuelles; tant que le PNB par tête croît, ce gouvernement légitimé reste en place.

Régimes communistes

C’est pour n’avoir pas tenu ce contrat, que les régimes communistes se sont effondrés. Ils promettaient l’abondance par l’étatisation des moyens de production et la planification de la consommation, au prix de la dictature. L’expérience a démontré que ce n’était pas le chemin vers une société de consommation. La variante marxiste de l’idéologie d’abondance a donc été éliminée. Les partis sociaux-démocrates en pâtissent de plus en plus encore aujourd’hui.
Néanmoins, l’idéologie d’abondance est suspendue à l’épuisement des ressources naturelles ou humaines, tout simplement à la pollution de l’atmosphère. Il suffira d’une crise écologique majeure pour que la variante capitaliste soit remise en cause.
La société d’abondance est condamnée à la croissance, ou plus exactement elle se condamne à la croissance tout comme la variante nazie se condamnait à la guerre et la variante communiste à la bureaucratie. Mais une croissance indéfinie n’est pas réalisable sans surexploiter la planète. Il n’y a donc pas de tâche plus urgente que de réviser notre système de valeurs et d’en déduire un autre système technique.
Sans préjuger outre mesure de ce que l’expérience apprendra, on peut d’ores et déjà plaider pour une culture industrielle avancée qui poursuivrait la libération des individus et des nations, qui améliorerait la solidarité entre les peuples d’aujourd’hui et les générations à venir, qui défendraient la modération démographique, qui donnerait des pouvoirs réels à une structure politique planétaire, qui reconstitueraient une culture homogène par la fécondation mutuelle des arts et des sciences. Une culture qui n’aurait pas besoin de propagande, pardon de publicité, pour se maintenir.

* Professeur honoraire, EPFL






 
 

AGEFI




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