Comment investir de manière durable et responsable?

mardi, 25.02.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les montants investis en faveur de la finance dite durable et responsable ne cesse d’augmenter. En Europe, les montants engagés en 2018 s’élevaient à 49% de la totalité des actifs sous gestion, soit 12.300 milliards d’euros. Il existe plusieurs manières d’articuler cette vision de l’investissement dont la plus commune est l’exclusion: le fait d’exclure certaines industries de son univers d’investissement, par exemple l’énergie fossile, le tabac, les armes, etc... 

La deuxième approche favorisée par les investisseurs est représentée par l’engagement, c’est à dire le fait d’interagir avec les sociétés en question, et comprend par exemple la participation des investisseurs aux assemblés générales et aux votes des sociétés. Enfin, l’ESG, un terme qui englobe des considérations concernant l’environnement, des aspects sociaux, et des questions de gouvernance, constitue une troisième approche. Cette dernière catégorie a connu une croissance de 60% entre 2016 et 2018, selon le Global Sustainable Investment Alliance. 

Aux Etats-Unis, la finance durable a connu une forte hausse et attiré 12.000 milliards de dollars d’investissements en 2018, une croissance de 38% sur deux ans, et de 26% des actifs sous gestion. Outre-Atlantique, la stratégie ESG est celle qui attire la vaste majorité des investissements. La troisième région phare de l’investissement durable est le Japon où les montants investis représentent 18% de l’ensemble des actifs gérés par des professionnels, avec une croissance époustouflante de 307% entre 2016 et 2018. 

Ces trois régions/pays, plus le Canada, allouent leurs investissements durables, en moyenne, aux actions des entreprises cotées à 51%, aux obligations à 36%, à l’immobilier à 3%, au private equity (participations directes) à 3%, et 7% à d’autres catégories. 

Ainsi, on découvre que l’investissement durable n’est plus un segment de niche , mais une approche destinée à dominer les marchés financiers dans un avenir proche. Du point de vue macro-économique, il serait logique de supposer que les entreprises qui gèrent leurs activités plus efficacement, en optimisant l’utilisation de leurs ressources, devraient être celles qui performent le mieux. Les intérêts des investisseurs «traditionnels» et ceux des investisseurs davantage soucieux de la durabilité devraient donc être parfaitement alignés. Même un investisseur insensible aux changements climatiques, par exemple, ne voudra a priori pas que la société détenue soit négligente au regard de la pollution, ne serait-ce que pour le risque légal qui s’y associe. Côté gouvernance, le secteur bancaire a bien illustré les pénalités qui peuvent tomber sur les moins vigilantes. 

Pourtant, nombreux sont ceux qui trouvent la thématique d’investissement durable difficile à appréhender. Certes, il y a des choix à faire dans un monde qui n’est ni noir ni blanc mais plutôt un arc-en-ciel de couleurs. Dois-je rester investi dans l’énergie fossile ou pas dans la mesure où une approche d’exclusion élimine la possibilité d’engagement? Et comment intégrer des notations ESG quand elles peuvent varier sensiblement entre fournisseurs concernant la même société? Une première approche peut consister à s’inspirer de la stratégie du fonds souverain de la Norvège, une référence en la matière. Le fonds détient 1,4% de la capitalisation boursière mondiale et affiche une transparence admirable sur tous ses investissements sur leur site internet, aidant ainsi grandement les investisseurs moins avertis. Un modèle à suivre.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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