Comment faire encore confiance à la gouvernance allemande

lundi, 13.07.2020

Michel Santi*

Michel Santi

Comment faire encore confiance à la gouvernance allemande quand ses réglementations et systèmes de surveillance sont si déficients? Celle qui fut la «fintech» la plus en vue de ces dernières années, Wirecard, a implosé ces derniers jours car c’est environ 2 milliards de dollars censés figurer à son bilan qui, en fait, n’existaient. Ont-ils jamais existé?

En l’espace de quelques jours seulement, Wirecard a ainsi subi une déchéance accélérée, se transformant d’entreprise visionnaire symbole d’une Allemagne aux avant-gardes en montage frauduleux éclaboussant à son passage et le régulateur et son auditeur qui avait ignoré les signaux avant-coureurs et qui n’avait même plus (semble-t-il) révisé ses comptes depuis trois ans.

La BaFin (autorité fédérale de supervision financière) a beau qualifier cette déroute de «désastre total», elle fut assez rapidement nuancée par le ministre des Finances en personne qui assura que les régulateurs accomplissaient un «travail très dur et avaient fait le job».

Ce qui aurait été recevable et admissible si Bayer ne venait pas de régler à coup de 12 milliards de dollars son contentieux avec le système judiciaire américain. Après Volkswagen qui avait dû payer 30 milliards. Après Siemens, qualifiée de «gang criminel» s’étant acquittée de près de

2 milliards en 2008 pour des accusations d’escroquerie. Si une autre entreprise – CumEx – n’était aujourd’hui sur le devant de la scène pour un des plus grands scandales financiers du pays mêlant fraude fiscale à des stratégies de trading opaques.

Doit-on évoquer enfin le cas de Deutsche Bank enlisée dans nombre d’affaires, dont certaines très politiques et sensibles où se retrouve le nom et les intérêts de Donald Trump?

Je pose donc à nouveau la question: comment faire encore confiance à la gouvernance allemande quand autant de pratiques contestables et condamnables au fil de ces années n’ont pas abouti à une intensification quantitative et qualitative de la surveillance et de la réglementation? Et aussi quand ces affaires furent quasiment toutes révélées par des juridictions et instances non allemandes?

Le schéma fut en effet quasiment identique à chaque fois car c’est l’Etat allemand qui dut réagir, enquêter et apporter des réponses à des dossiers ayant échappé à son contrôle, et même à sa connaissance.

Ce pays donc doit mener aujourd’hui et dans l’urgence une réflexion profonde, l’image des entreprises allemandes – toutes tailles et spécialisations confondues – risquant d’être ternie pour les années à venir.

* Economiste et entrepreneur






 
 

AGEFI



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