Tout ce qui est stocké dans ma mémoire, je le sais pour toujours

vendredi, 21.06.2019

Comment expliquer que Léonard de Vinci vieux, se souvienne parfaitement des images et des sensations de Léonard de Vinci jeune.

Léonard de Vinci jeune peut-il imaginer ce que Léonard de Vinci vieux aura stocké dans sa mémoire. Comment fonctionne cette stupéfiante mémoire. C’est quoi cette mécanique de dingue. Léonard a mis le pré aux fleurs dans sa tête. Il ferme les yeux se transforme en abeille et visite toutes les fleurs du pré. Il se transforme en fourmi et parcourt tous les petits chemins entre les brins d’herbe. Il se transforme en oiseau et survole toutes les biodiversités du pré. En posant ses yeux un peu partout au gré des curiosités. Il se transforme en ver-de-terre et visite toutes les galeries souterraines. Il se transforme en arbre, en soleil, en lézard. En Léonard. Comment dompter ce potentiel de folie ? Avec les yeux, je peux prendre toutes les images qui tournent autour de moi et les mettre à l’intérieur de moi. Les retrouver quand je veux avec le questionnement sensoriel et intellectuel que je veux.

La grenouille, les ondes de la mare, le coq qui chante, le minestrone qui fume, toutes les fleurs et toutes les couleurs, maman Caterina, Caruso le merle chanteur, les merveilles de Marco Polo, les dessins du Verrocchio, l’étude de Notaire de papa et ses piles de papier, les rues et les palais de Florence, de Ferrare, de Milan, les chevaux, la place St Marc à Venise. Toutes les toiles d’araignées que j’ai étudiées. Tous les têtards de l’étang. Tous les grains de sable du bac. Tous les Bing et tous les Bang. Tous les soleils de la vie, ceux du matin, ceux de midi et ceux rougeoyants du soir. Toutes les piqûres de guêpes et de moustiques. Tout cela, quand je vais disparaitre, cela va aller où ? À qui vais-je confier la clef de mon datacenter. La jeter au fond du puits ou la poser sur un nuage ?

Quand je me couche dans l’herbe et que je réfléchis à ce phénomène, je me dis qu’une vie, avec son début et sa fin c’est pas mal intéressant. Il y a tout ce que l’on fait. Tout ce que l’on n’a pas fait. Tout ce que l’on rêve pouvoir encore faire. Tout ce qui est présent, à portée d’idée, de pensée, d’invention. Je ne vais pas utiliser cette vie pour reproduire ce que la nature fait si bien. Avec tout ce que je vais mettre en mémoire, comme sur une palette de couleurs, je vais faire des mélanges des mariages, des assemblages, de nouvelles images qui n’existent pas dans la nature. La Joconde. La bicyclette. La vie éternelle.

Quoi qu’en cherchant bien, toutes ces visions doivent bien se trouver quelque part, puisque dans ma tête j’arrive à les apercevoir. À les faire bouger, évoluer, se transformer. La mémoire et l’imagination jouent ensemble. À se faire peur, plaisir, surprise. À sauter de la falaise. Sans objectif évident. Juste pour s’amuser.

Alors puisque aucun point n’est perdu, pour la suite du jeu, on attendra demain. Ou après-demain ou quand j’en aurai envie.






 
 

AGEFI



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