Comment aborder l’année boursière 2019?

lundi, 03.12.2018

Emmanuel Ferry*

2018 marque un retracement important de 2017. Les rendements sont négatifs sur tous les segments de marchés et c’est le retour du Cash comme meilleure classe d’actifs, quel que soit la devise. Une telle hiérarchie reflète un scénario implicite de récession.

La diversification a été particulièrement inefficace cette année. Le pic des marchés a été atteint fin janvier, le point bas en novembre, d’où un effet calendaire désastreux. La perte maximale de 15% des Actions mondiales au cours de 2018 est importante mais reste dans une configuration de correction. Les marchés sont techniquement survendus en fin d’année, ce qui libère de multiples opportunités d’achat. Les excès (valorisation, positionnement des portefeuilles, confiance des investisseurs) ont été nettoyés. Le marché anticipe désormais une récession alors que la croissance mondiale demeure légèrement au-dessus de son potentiel. 

2018 a connu deux phases de correction technique de 12%: février (choc de volatilité) et octobre (choc de valorisation). Les Actions retrouvent leur premier point d’entrée depuis début 2016. Une correction technique (entre -10% et -20%) est toujours violente, ponctuelle et est rapidement récupérée. Un tel mouvement est rarement le démarrage d’un marché baissier, c’est-à-dire une baisse plus profonde (supérieure à 20%) et plus durable. Toutefois, nous considérons désormais qu’il faut vendre les rebonds, pour être en situation de réduire le risque de manière opportuniste. L’agenda à court terme sera déterminant pour baliser l’amplitude du rebond: 1/ le G20 du 30 novembre (tentative d’assouplissement sur la guerre commerciale); 2/ le FOMC du 19 décembre (possible inflexion du rythme de resserrement monétaire).

2019 s’inscrit dans la rupture structurelle de 2018, avec l’amorce d’une orientation plus défensive. 2018 aura été l’année des surprises et des erreurs de prévisions: la sous-performance des marchés non-US, le décrochage du secteur de la technologie, le retournement des marchés émergents et le retour du dollar. 2019 a l’avantage de démarrer sur une base saine en termes de valorisation des marchés, de sentiment des investisseurs et de positionnement des portefeuilles. Il y aura sans doute des surprises mais le principal risque à court terme est d’être trop désinvesti et d’être dans l’incapacité de profiter du prochain épisode de rebond. Au-delà, il faut garder en tête que la seconde plus longue phase d’expansion de l’après-guerre aux Etats-Unis a créé des déséquilibres multiples sur le plan des fondamentaux (dette publique et privée record, marché du travail tendu) et des valorisations des actifs financiers. Cela rend les marchés plus sensibles à des chocs (politiques, géopolitiques, économiques et financiers). Le retour de la volatilité est le fait marquant avec lequel il va falloir s’habituer après une décennie de compression du risque planifiée par les banques centrales.

*Directeur des Investissements Banque Pâris Bertrand






 
 

AGEFI



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