Climat: mauvaises nouvelles, bonnes nouvelles

mercredi, 19.08.2020

René Longet*

René Longet

Cette année s’annonce à nouveau plus chaude que les précédentes. En Amazonie, mais aussi en Afrique tropicale et en Indonésie, la déforestation continue, réduisant d’autant la capacité d’absorption de CO2 de la végétation terrestre. 

En Sibérie, des températures caniculaires font fondre le permafrost, libérant de grandes quantités de gaz à effet de serre, fragilisant bâtiments et infrastructures. Et comme l’année dernière, d’immenses feux consument la forêt boréale. Le répit relatif offert à la nature par les restrictions sanitaires modérera un peu l’évolution négative, mais restera conjoncturel.

Parmi les mauvaises nouvelles: la relance du charbon par le gouvernement nationaliste de l’Inde, tournant définitivement le dos à la sagesse gandhienne. Ce mois de juin, pas moins de 41 nouveaux sites miniers ont été mis aux enchères. Beaucoup sont situés dans des zones forestières particulièrement riches en biodiversité et habitées par des peuples autochtones pourtant protégés par la Constitution. On retrouve là les modèles économiques chers aux pyromanes populistes Trump et Bolsonaro. En même temps, le gouvernement indien a supprimé l’obligation de laver le charbon avant de l’enfourner dans les centrales thermiques, augmentant d’autant une pollution de l’air déjà insupportable.

Huit centrales fermées en Espagne

En Australie, le gouvernement conservateur force l’exploitation du gaz de schiste, là aussi au détriment de sites naturels importants pour la biodiversité. Idem au Japon, où les entreprises électriques continuent de miser sur le fossile: 22 nouvelles centrales thermiques au charbon sont prévues d’ici 2025! La Chine n’est pas en reste et le charbon y garde une place prépondérante dans le mix énergétique (près de 60%).

Et les bonnes nouvelles? D’une part, un secteur financier de moins en moins enclin à investir dans l’accélération de l’effet de serre mortifère. D’autre part, des pays comme l’Espagne. Le gouvernement y a fermé ce mois de juin 8 centrales électriques au charbon. Des plans de reconversion des salariés et des régions concernées convaincants et efficients ont été mis en place, sachant que l’usage économe de l’énergie et les énergies renouvelables, l’assainissement des sites pollués également, offrent bien plus d’emplois que la poursuite de l’exploitation des ressources fossiles. Le gouvernement français, quant à lui, semble décidé à mettre en œuvre l’essentiel des propositions faites par la Convention citoyenne pour le climat, instance composée de 150 personnes représentatives de la diversité du pays tirées au sort. Parmi celles-ci: l’accélération de l’assainissement énergétique du parc immobilier; le renouveau – après des décennies de négligence – du rail; le développement de l’économie circulaire et de la production de proximité.

Particulièrement intéressant: quand on met des citoyen.ne.s de base en situation de recevoir une information contradictoire et complète, et en allouant le temps nécessaire, ils arrivent bien plus facilement que les élu.e.s à des consensus autour de la prévention climatique. 

Alors que le populisme tue, la citoyenneté, elle, nous sauve... Et aucun Etat ne saurait s’arroger le droit de dégrader les conditions de vie de l’humanité telles que la biodiversité ou le climat: la souveraineté nationale trouve ses limites dans les besoins d’autrui. Affirmer le contraire signifie renier 30 ans d’engagements internationaux. 

*Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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