Climat et biodiversité: passer à la vitesse supérieure

mardi, 05.11.2019

René Longet*

René Longet

Ces derniers mois, tant le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) que l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques)  ont publié des résultats qui font froid dans le dos. Côté biodiversité, l’IPBES classe un million d’espèces comme menacées... 3/4 des milieux terrestres et 2/3 des milieux marins sont fortement altérés, et un quart des espèces de vertébrés, d’invertébrés et de plantes risquent l’extinction. 

La forêt tropicale part en fumée pour l’élevage et les cultures industrielles de soja et d’huile de palme, afin de satisfaire notre appétit démesuré de viande nocif pour notre santé. Côté climat, l’augmentation de la température moyenne est de + 1°C (mais de 2°C en Suisse), entraînant une montée des mers de 0,4 cm/an. Avec 660 millions de personnes vivant à une altitude de moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, bonjour les dégâts. 

La  dégradation des sols et de leur couvert végétal réduit les capacités d’absorption de CO2, la fonte des sols gelés libère des quantités importantes de méthane... avec en prime une empreinte écologique des pays industrialisés trois fois trop importante. Le changement climatique s’emballe et l’humanité file du bien mauvais coton.

Malgré ce diagnostic et ces dynamiques inquiétantes, à ce jour les Etats n’ont rien entrepris de bien substantiel qui conduirait à vraiment changer de cap, et comptent surtout sur des engagements volontaires. La célèbre phrase du président Chirac «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs» prononcée au Sommet mondial du développement durable de 2002, mais suivie de pratiquement aucune action significative, illustre bien notre considérable capacité de repousser à plus tard les mesures incisives que la situation exige. 

Si les scientifiques ont raison, il s’agit, par exemple, localement et globalement, de:

1) Rationner (c’est-à-dire fixer des priorités en fonction des besoins et de considérations d’équité) l’aviation, la voiture, les poids lourds...

2 Fermer les centrales électriques au charbon.

3) Réexaminer tous les produits chimiques en circulation et retirer ceux dont l’innocuité n’est pas établie.

4) Remplacer l’agriculture industrielle par l’agro-écologie, seule capable de nourrir les humains sans détruire les sols.

5) Interdire les plastiques, à moins d’une garantie d’un recyclage à 100%.

6) Replanter massivement des arbres et protéger les sols.

7) Interdire les chauffages à mazout et réduire notre consommation informatique.

8) Agir contre la surpêche.

9) Retirer du commerce tout objet non recyclable, non réparable ou non réutilisable.

10) Orienter les emplois, les modèles d’affaires et les investissements dans ces directions.

Vraiment difficile et douloureux, tout cela? Pour sauvegarder l’essentiel, nous n’avons pas d’autre choix que de corriger les habitudes que nous avons prises, de facilité, d’insouciance et de confort. Mais sortir de l’agro-industrie, du chauffage excessif de nos logements (chaque °C supplémentaire signifie 7% d’énergie en plus), de notre addiction aux véhicules surmotorisés et de la frénésie des loisirs énergivores nous fera le plus grand bien.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI




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