Climat: de petits sacrifices pour en éviter de bien plus grands

lundi, 05.11.2018

René Longet*

René Longet

Le changement climatique est en marche. Même ceux pour qui la nature est avant tout une coulisse pour exploits sportifs ou qui ont oublié que sans elle nous ne sommes rien, font l’expérience angoissante de la fonte des glaciers, de la montée des mers et des températures. Nul ne sait si la machine infernale peut encore être enrayée, tant la rémancence dans l’atmosphère de certains gaz à effet de serre est longue. Et nous risquons d’être fort surpris par la rapidité et la gravité des conséquences.

Depuis 40 ans (Conférence de Toronto 1978) ces enjeux sont sur la table. Entrée en vigueur en 1994, la Convention sur le changement climatique décrit l’objectif: «stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique». Parmi les grands émetteurs de ces gaz: l’utilisation d’énergies fossiles (gaz carbonique) et l’élevage industriel (méthane).
Introduire une taxe
Rappelons quelques actions aussi concrètes qu’incontournables: contingenter l’aviation; chauffer moins (chaque °C nécessite 7% d’énergie en plus et 50% de nos bâtiments sont encore chauffés au mazout); isoler mieux et généraliser les maisons positives; réduire fortement le trafic routier au profit du transport public (5 fois plus efficace énergétiquement); relocaliser l’économie pour minimiser l’énergie due aux déplacements; favoriser la réparabilité, la réparation et l’entretien; passer de l’agriculture industrielle à l’agro-écologie et réduire la part de la viande; prendre soin de la végétation et des forêts, grands utilisateurs de gaz carbonique.

Pour tout cela, les techniques sont disponibles et s’améliorent constamment; les modèles d’affaires aussi. Mais le «monde nouveau» est loin d’avoir gagné la partie, l’«ancien monde», toxique, suicidaire, s’accroche et nous garde en otages. Car les mécanismes économiques sont faussés.

Seule une taxe qui fait mal sur le CO2 garantira que rentabilité financière et rentabilité environnementale aillent de pair. Taxe qui servira à intégrer aux prix des énergies fossiles les coûts de leurs dommages, et visant à la fois à désinciter leur usage et à aider à financer la transition. Reste à savoir si le rythme de celle-ci parviendra à être plus rapide que celui de la destabilisation climatique. De petits sacrifices, bien réels, de nos habitudes prises, de notre consumérisme, de notre vision du confort, pour éviter un sacrifice bien plus grand - celui de nos moyens de vivre ensemble sur cette Terre! Le principe de l’assurance, en quelque sorte.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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