Chine: décrypter les signaux faibles des entreprises européennes

mardi, 19.02.2019

Florence Chernyak-Bosson*

Florence Chernyak-Bosson

En ce début d’année 2019, les investisseurs tournent leur attention vers l’Empire du Milieu, craignant que le pays - un tiers de la croissance mondiale - n’entraîne un ralentissement économique généralisé.

Alors que les chiffres du PIB au 4e trimestre se sont révélés conformes aux attentes (à 6,4% en glissement annuel et à 1,5% en glissement trimestriel) et que les perspectives pour les services demeurent solides, le PMI manufacturier s’est établi à 48,3 pour janvier, reculant par rapport au chiffre déjà décevant de décembre (49,7). Les investisseurs ont certainement gardé à l’esprit la panique du mois d’août 2015 sur le même sujet.

Les signaux micro-économiques peuvent-ils nous aider à évaluer la gravité de la situation actuelle? Nous nous sommes concentrés sur 15 sociétés de l’indice Stoxx Europe 600 ayant déclaré un chiffre d’affaires en Chine supérieur à 15% au cours de l’exercice annuel 2017. En analysant leurs résultats, nous constatons que le ton diffère d’un secteur à l’autre. Comme attendu, dans le secteur de la technologie, ce sont surtout les fabricants de semi-conducteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes.

Le ralentissement de l’économie mondiale, les tensions commerciales et leur impact sur la croissance économique en Chine ainsi que l’incertitude macroéconomique globale ont été cités comme facteurs négatifs. Dans le même temps, les commentaires des entreprises technologiques plus en amont dans la chaîne de valeur ont été rassurants, l’une d’entre elles exprimant par exemple «une demande solide de la part de la Chine». Il est intéressant de noter que même les entreprises qui ont abaissé leurs prévisions en raison des incertitudes macroéconomiques n’ont pas été sanctionnées par le marché, signe que les investisseurs s’attendaient à un ralentissement plus marqué.

Dans le secteur de la consommation discrétionnaire, et du luxe en particulier, les entreprises analysées ont tendance à rester confiantes, citant toujours l’opportunité que la Chine présente. Le marché adressable des produits de luxe «abordables» se développe rapidement en Chine et les entreprises restent déterminées à renforcer leur présence dans le pays. Cette observation est conforme à la confiance toujours solide des consommateurs et à la croissance des ventes au détail (+8,2% en glissement annuel en décembre, dépassant les attentes).

Les préoccupations sont donc principalement contenues à certains secteurs, et même à certaines entreprises en particulier. De plus, les craintes d’un ralentissement mondial plus important qu’anticipé s’avèrent pour l’instant plutôt limitées chez les entreprises européennes. Certes, la croissance en Chine évolue au fur et à mesure que l’économie poursuit sa transition, d’un modèle axé sur le secteur manufacturier à un modèle reposant d’abord sur les services. Parallèlement, à mesure que la Chine se développe, le marché adressable pour les produits européens augmente. Les entreprises moins touchées par la concurrence domestique et parvenant à accroître leurs parts de marché seront mieux placées pour résister à un potentiel ralentissement dans la région.

*Equity Analyst, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



...