Chine-Covid-19: nous n’oublierons pas

samedi, 18.04.2020

Michel Santi *

Michel Santi

C’est l’engagement envers la Chine de ce qu’il est convenu d’appeler la communauté mondiale qui lui permit, au fil des décennies, de réussir ses réformes. La normalisation des relations entre les Etats-Unis et la Chine, inaugurée en 1979 par le président Carter, fut en effet le point de départ d’une dynamique d’ouverture et d’initiatives réformatrices initiées dès lors par Deng Xiaoping.

La montée en puissance, ces quarante dernières années, de cette nation a été entièrement redevable aux transferts de technologie, aux échanges commerciaux, aux investissements massifs  – et pas seulement financiers mais également éducatifs – consentis par l’Ouest. Cet édifice, cet enchevêtrement de relations et d’intérêts, fut construit année après année, quasiment à la force des poignées des diplomates, des politiques, des universitaires et des financiers.   Moins d’une décennie après la tragédie de la Place Tiananmen, le président Clinton prit néanmoins sur lui d’intégrer la Chine dans le club de l’Organisation mondiale du commerce, voie royale qui l’autorisera une quinzaine d’années plus tard à se hisser au rang de seconde économie mondiale.

Les dirigeants chinois successifs, emmenés par Deng, prirent les décisions qui s’imposaient, non seulement pour tirer des centaines de millions de leurs citoyens de la misère, mais également pour rendre à leur pays la place de premier plan qu’il mérite au sein du concert des nations. Les fondations étaient effectivement bien établies, car le préalable crucial à toute intégration dans le système international est un ingrédient vital qui s’appelle la confiance, en l’absence de laquelle la Chine n’aurait jamais pu parcourir tout ce chemin.

Aujourd’hui, cette confiance est brisée – ou à tout le moins très sérieusement remise en question – par la pandémie du coronavirus. Et le point de départ de ce virus importe peu, car c’est bien le secret, voire les mensonges, des autorités chinoises qui ont compromis la santé (physique et mentale), la sécurité, la stabilité économique et des citoyens chinois et du monde entier.

Soucieux uniquement de paraître toujours en contrôle, le pouvoir chinois n’hésita en effet pas – dès le tout premier jour de l’année 2020 – à châtier les lanceurs d’alerte ayant eu à cœur de prévenir le monde sur la dangerosité de ce virus, qui furent accusés de «répandre de fausses rumeurs» et de «gravement perturber l’ordre public». La Chine aurait ainsi pu s’éviter et nous éviter 95% des infections liées au coronavirus si elle avait reconnu publiquement l’épidémie et réagi trois semaines plus tôt, selon les conclusions d’une étude menée par l’Université de Southampton.

Mais pourquoi en être surpris? Les dirigeants de ce pays n’ont-ils pas un lourd passif en matière de transparence, n’ont-ils pas l’habitude de «tuer le messager»? Le SARS-CoV, qui a fait plus de 8000 morts dans une trentaine de pays, n’avait-il pas été tenu secret pendant plus d’un mois et n’avait-il pas valu près de deux mois de prison aux médecins chinois qui avaient alors tenté d’en informer le monde? Rien ne sera plus – rien ne pourra être – comme avant avec la Chine, lorsque cette pandémie aura été domptée, car ce pays ne s’est pas montré à la hauteur de ses responsabilités de puissance mondiale.

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AGEFI



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