Dette émergente: identifier les pépites

dimanche, 14.04.2019

Chaque segment présente des sources distinctes de performance et de risque.

Pierre-Alain Stehle*

En fin d’année dernière, le marché de la dette émergente représentait plus de 6200 milliards de dollars, alors que les actions émergentes avoisinaient les 4800 milliards de dollars. Les obligations d’entreprises émergentes, les plus performantes, ont progressé en moyenne de 15% par an. En décembre 2018, ce segment comprenait plus de 1300 sociétés réparties sur 50 pays. Les marchés émergents, et particulièrement le secteur obligataire, recèlent d’opportunités de revenus intéressants dans un cycle actuel global à faibles rendements. Comment déceler les obligations émergentes les plus performantes? Les investisseurs analysent chaque segment de ce vaste univers et décident lequel est le plus adapté à leur profil rendement/risque.
Trois facteurs importants caractérisent les obligations issues des marchés émergents:
- des rendements relativement élevés,
- des anomalies de valorisation assez fortes qui permettent aux stratégies de gestions actives de déceler fréquemment de nouvelles opportunités d’alpha,
- des conditions peu favorables pour les produits passifs, tels que les ETF, si on les compare à la gestion active, comme par exemple des coûts de transaction et des taxes de nature à éroder les performances de la gestion passive.
Les opportunités d’investissements dans le secteur obligataire émergent sont plus diversifiées, si on les compare aux actions de ces pays, chaque segment présente des sources distinctes de performance et de risque. Lors du processus d’allocation à la dette émergente, les investisseurs doivent tenir compte des risques ainsi que des résultats escomptés, ils se doivent aussi d’analyser les segments qui leur conviennent le mieux. En effet, si l’on compare la dette émergente en devises fortes et les obligations d’entreprises des pays émergents, ce type de placement ne procure qu’une exposition au risque de crédit émergent. Les investisseurs ne sont alors exposés ni aux devises ni aux taux d’intérêt des pays émergents. En revanche, la dette émergente en monnaie locale procure une exposition non seulement au risque de crédit souverain, mais aussi aux taux et devises des pays émergents. Cela constitue une source intéressante de diversification.
Par crainte du risque de change, certains gérants préfèrent rester à l’écart de la dette émergente en devise locale. La volatilité des performances varie en fonction de la période d’observation. Si on analyse les performances de l’indice GBI-EM Global Diversified de 2003 à 2018 en les décomposant entre revenus des coupons, appréciation des cours et effet devise force est de constater que sur des périodes d’un mois, les devises ont été le principal moteur de performance en contribuant à hauteur de 56% aux résultats. Par ailleurs, plus les périodes de détention sont longues, moins les devises pèsent dans les résultats d’investissement. Les revenus des coupons deviennent le principal moteur de performance en contribuant à hauteur de 71% aux performances sur des périodes de trois ans, et 86% sur des périodes de 10 ans.
Les placements en dette corporate ou en devise locale ont dans certains cas surperformé par rapport à ceux en devises fortes, ces investissements sont décorrélés. Depuis 2005 et sur trois années, la corrélation des produits obligataires corporate ou en devise locales a fluctué entre 0,38 et 0,85 environ. La corrélation entre la dette émergente en devise forte face à celle des devises locales a de son côté oscillé entre 0,51 et 0,87 environ.
Certains gérants considèrent ainsi qu’il est nécessaire de mettre en place une combinaison de stratégies émergentes dans leurs portefeuilles. De ce fait, un portefeuille axé sur la croissance pourrait allouer par exemple environ 5% dans des produits de dette émergente tandis qu’un investisseur à la recherche de revenus pourrait détenir environ 20% dans cette classe d’actifs, ce particulièrement dans un cycle de marchés à faibles rendements.

* Relationship Manager, T. Rowe Price






 
 

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