Changement climatique et migration

mardi, 28.05.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La guerre civile en Syrie a commencé en 2011. Les flux de migrants ont atteint leur plus haut niveau en 2015, avec environ 1.8 million de personnes. Bien que des organisations telles que le UNHCR (l’agence des Nations unies pour les réfugiés) avaient anticipé des mouvement importants de population, l’Europe ne s’est pas correctement préparée à la gravité de la situation, par défaut de capacité ou même de volonté. À l’heure actuelle, une nouvelle crise des migrants se profile, dont le changement climatique se trouve être à l’origine. 

Le professeur Norman Myers de l’Université d’Oxford estime que, d’ici 2050, 200 millions de personnes pourraient se trouver forcées à déménager en raison du changement climatique , soit 10 fois la population actuelle de réfugiés. Ce nombre dépasserait également la population de migrants dans son ensemble, aujourd’hui estimée à 192 millions de personnes, ou 3% de la population mondiale, par l’Organisation internationale pour les migrants. En réalité, il est bien sûr très difficile d’évaluer le nombre de personnes qui voudront ou pourront quitter leur domicile à cause du changement climatique. La fourchette des estimations se situe entre 25 millions et 1 milliard de personnes. Dans tous les cas, on ne pourra pas dire que l’on a pas été prévenu.

Le dérèglement climatique peut être à l’origine de migration volontaire ou forcée, temporaire ou permanente, à l’intérieur du pays ou à l’international. Ces mouvements de personnes peuvent être provoqués par des évènements soudains, tels que des inondations ou ouragans, ou par des changements plus lents comme la désertification, l’augmentation de l’acidité dans les océans, et l’élévation du niveau de la mer. En outre, des phénomènes comme des éruptions volcaniques, des tsunamis, et la pollution peuvent aussi provoquer d’importants mouvements de personnes. Tous ces phénomènes climatiques risquent de rendre des terres et des régions inhospitalières, parfois sans possibilité de mener une activité lucrative. Toutefois, seule une minorité des personnes potentiellement vulnérables souhaiterait quitter son pays. La plupart préfère rester et s’adapter, si l’opportunité se présente. 

Sur le plan de l’économie, toute évolution lente et graduelle peut normalement être absorbée. En revanche, quand un évènement survient soudainement et avec force, nous parlons de «choc», et l’économie peine en général à s’adapter à la vitesse nécessaire. Il faudrait donc commencer à planifier pour la migration à venir, pour s’y adapter progressivement. Une telle approche pourrait atténuer en amont certaines conséquences du changement climatique, améliorer la résilience des populations, et in fine même, réduire le nombre de personnes susceptibles de se déplacer. Kiribati, par exemple, a mis en place une stratégie pour aider les citoyens à trouver un emploi à l’étranger dans une approche de long-terme visant à minimiser l’impact d’une migration soudaine et forcée. Il faut pourtant reconnaître que peu de pays ont lancé ce genre de réflexions, en dehors des îles du Pacifique. D’autres pays devraient se mobiliser. Même si le point de départ reste évidemment de tout mettre en œuvre pour limiter le réchauffement climatique.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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