Changement climatique et finances publiques

mardi, 11.08.2020

Damien Degeorges*

Damien Degeorges

A l’heure où l’été rappelle par ses séquences caniculaires le défi posé par le changement climatique en termes d’adaptation et où l’enjeu des dettes souveraines est de plus en plus apparent, notamment au sein de l’Union européenne, la nécessité pour les Etats d’avoir une marge de manœuvre budgétaire s’affirme face au coût du changement climatique.

Or ce sujet pourrait dangereusement creuser le fossé nord-sud au sein de l’UE du fait de conséquences plus problématiques du changement climatique dans les pays du sud de l’Europe, déjà lourdement endettés.

Il est urgent de prendre la mesure du défi pédagogique qui attend les décideurs politiques de certains pays si un manque de marge de manœuvre budgétaire devait un jour conduire à réduire drastiquement la voilure de l’Etat providence du fait du coût de l’adaptation au changement climatique.

Les dettes souveraines ont soudainement augmenté

C’est un sujet qui peut paraître lointain, comme aurait pu l’être le scénario d’une canicule en Arctique au niveau observé cette année. Pourtant, s’il y a une leçon à tirer de la séquence printanière de la crise sanitaire du Covid-19, c’est bien que les dettes souveraines ont soudainement augmenté du fait non pas, au fond, d’un virus mais d’une impréparation, plus ou moins grande selon la capacité des Etats à gérer l’imprévu.

Face au défi climatique et au besoin de marge de manœuvre budgétaire qu’une adaptation satisfaisante nécessite, l’enjeu pour les Etats est plus que jamais d’avoir des finances publiques saines et une dette soutenable destinée avant tout à de l’investissement.

Les pays à forte pression fiscale, déjà fortement exposés politiquement en termes de nécessité d’un retour élevé sur imposition, ne pourront que l’être davantage du fait du coût du changement climatique.

Dans cette catégorie, les pays nordiques peuvent cependant, d’une façon générale, entrevoir l’avenir sereinement. D’autant que cette région a pour ambition politique d’être d’ici 2030 la plus durable au monde. Le défi est en revanche particulièrement posé pour la France, avec comme enjeu que la dette française ne devienne pas un jour un problème politique au sein de la zone euro.

La «réputation» de la dette française se base notamment sur la capacité de l’Etat français à lever l’impôt. Qu’en sera-t-il d’ici quelques décennies si, faute de marge de manœuvre budgétaire, la France n’avait plus les moyens d’assurer à sa population une adaptation décente au changement climatique?

Adapter un territoire comme la France à une augmentation de température a un coût colossal. Envisager que le contribuable français, déjà globalement dépourvu d’un retour élevé sur imposition contrairement à ses homologues nordiques, ait à subir une diminution drastique des bénéfices de l’Etat providence pour financer ce défi serait, à même niveau de pression fiscale, imprudent, surtout si une incapacité à réformer conduisait à ne pas pouvoir financer une adaptation décente. 

L’issue qui a été réservée à la hausse de taxe carbone un temps envisagée en France en 2018 démontre que la levée de l’impôt, sans bénéfice suffisamment ressenti, n’est pas sans limite. 

*Spécialiste des pays nordiques






 
 

AGEFI



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