Les stratégies de dividendes versent plutôt du bon côté

dimanche, 27.09.2020

Cette politique d’investissement se posent en alternative aux rendements anémiques des produits obligataires traditionnels.

Damien Weyermann*

Damien Weyermann

La crise de la Covid a valu aux stratégies de dividendes quelques déboires. Le coup de frein porté à l’économie mondiale par l’épidémie de coronavirus a forcé un certain nombre d’entreprises à réduire leurs versements, et l’intervention d’acteurs externes a amplifié ce mouvement au-delà des phases de récession habituelles. Les investisseurs ont pu s’en inquiéter: depuis 1926, plus de 40% du rendement généré par les sociétés cotées de l’indice S&P500 provient en effet de ces dividendes.

Au plus fort de la crise de la Covid, à la mi-mars, les marchés anticipaient leur baisse, en Europe et aux Etats-Unis, de 57 % et 35 % pour 2020. Depuis, ces mêmes marchés sont revenus à un peu plus d’optimisme. A la fin juin, ils ne tablaient plus que sur des diminutions respectives de 31% et de 5%.

Quel que soit le contexte, avec ses retournements divers et variés, la plupart des stratégies de dividendes conservent néanmoins leur pertinence. 

Dans l’environnement de taux bas et de faible inflation qui a cours aujourd’hui, elles se posent en solides alternatives aux rendements anémiques que proposent les produits obligataires traditionnels. Leur plus grande capacité de résistance, leur moindre volatilité et leurs revenus supérieurs leur confèrent un profil de rendement ajusté du risque forcément attrayant.

Un impact disproportionné

Pour les entreprises qui privilégient la rémunération des actionnaires via la distribution de dividendes, le caractère inédit de la crise de la Covid-19 a eu en réalité un impact disproportionné. 

Malgré sa gravité, l’évènement n’aurait en effet probablement pas justifié une telle baisse de ceux-ci dans un contexte de récession classique. Avec le recul, il apparaît toutefois que la plupart des coupes annoncées pendant la crise ont surtout affecté les entreprises ne restituant des liquidités que de manière opportuniste. 

Par conséquent, les fondamentaux des stratégies de dividendes ne devraient pas être remis en question quand bien même la sélectivité des investissements n’a jamais paru aussi essentielle. Il était tout à fait possible de s’épargner quelques déconvenues cette année en se concentrant sur de grandes entreprises avec un bilan sain et un historique de distributions croissantes bien établi. Plus que la quantité, c’est donc la qualité des dividendes versés qui doit prévaloir dans le cadre d’une stratégie efficace à long terme.

A la lumière de cette crise insolite, il convient également d’ajuster son processus d’investissement en se gardant de tomber dans le piège des exclusions systématiques. 

Il s’agit en effet de ne pas évacuer automatiquement toutes les entreprises contraintes de réduire, voire d’annuler leur dividende cette année en raison d’interventions extérieures, mais plutôt d’adopter une approche plus souple. 

Plus que jamais

Avant d’être éventuellement exclus, les cas de réductions «forcées» devraient faire l’objet d’un examen plus approfondi pour voir si les risques fondamentaux propres à l’entreprise justifient une décision aussi radicale. D’où l’importance déterminante d’une analyse qualitative détaillée des investissements potentiels en complément d’une approche purement quantitative. Plus que jamais, la soudaineté et la rapidité de cette crise ont mis en exergue les limites des stratégies de dividendes trop rigides.

La plupart de ces dernières se retrouvant otages de données de consensus prématurément obsolètes, et incapables d’incorporer en temps réel l’impact des mesures d’urgence prises par les entreprises ainsi que par les gouvernements et les banques centrales. 

Dans un tel contexte, il s’agira avant tout d’éviter les value traps, ces titres dont les valorisations dépréciées et dividendes intenables paraissent faussement intéressantes.

Loin d’être grippées, les stratégies de dividendes vont digérer la crise actuelle. La crise du coronavirus doit cependant servir de rappel à ceux qui auraient pu se laisser séduire, ces dernières années, par des distributions certes plus généreuses mais non soutenables. 

La prévisibilité et la durabilité des dividendes ne sont en aucune façon une évidence. Paradoxalement, les «vraies» actions à dividendes ressortiront grandies de cette crise. La notion de sélectivité, tant en termes de titres que de stratégies, reste donc plus cruciale que jamais pour ce type d’investissements. 

*Lead portfolio manager, Decalia Dividend Growth Fund






 
 

AGEFI



...