Réserve fédérale: la pause annoncée n’en est pas une

jeudi, 30.01.2020

Deux décisions de politique monétaire prises à l’unanimité par les gouverneurs donnent des indices pour la suite.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus

La Réserve fédérale américaine a maintenu son taux directeur à 1,50-1,75%. Cependant, sa politique monétaire demeure active et la «pause» annoncée en 2019 n’est plus crédible.

Deux décisions ont été unanimement prises par les gouverneurs. La première concerne l’extension des interventions sur le marché interbancaire au moins jusqu’en avril 2020. Cette décision implique que l’augmentation du bilan de la Fed par 376 milliards de dollars depuis la mi-septembre se poursuivra et sera amenée à se réduire progressivement.

La seconde décision a porté sur l’augmentation du taux sur les réserves excédentaires (IOER) de 5 points de base à 1,60%. Ce changement favorise l’accumulation des réserves excédentaires et permet un meilleur échange des liquidités entre les banques sur le marché interbancaire. Par conséquent, le taux interbancaire se réduit. Cette décision atteste que la Fed souhaite un taux interbancaire proche du bas de la fourchette de son taux directeur (1,50%) alors que le milieu de fourchette était traditionnellement ciblé.

Pourquoi un tel changement? En soutenant un taux interbancaire plus faible, la Fed s’offre davantage de marge de manœuvre sur sa politique monétaire à l’approche (i) d’avril, où une réduction des interventions pourrait intervenir, et (ii) d’un possible ralentissement de l’activité qui l’obligerait à diminuer de nouveau son taux directeur. Or, en cas de récession, les taux monétaires ont besoin de diminuer en moyenne de 500 points de base pour soutenir l’activité. La marge actuelle est quatre fois moindre (155 points de base).

Par ailleurs, les incertitudes sur la croissance américaine persistent et le risque de déception pourrait contraindre la Fed à réviser son attente de croissance du PIB à la baisse pour 2020. L’évolution de la consommation privée est dorénavant considérée comme modérée et non plus forte. Enfin, le renforcement du marché du travail incite une plus forte participation de l’offre de travail au marché de l’emploi, ce qui limitera la croissance des salaires et donc les tensions inflationnistes.

Aplatissement de la courbe des taux

Enfin, la Fed tente de résister à sa politisation croissante. Le Sénat auditionnera prochainement les candidatures de Christopher Waller et surtout Judy Shelton, ancienne conseillère économique de Donald Trump, pour les deux postes vacants au Conseil des gouverneurs de la Fed. En cas de nouvelle décélération de l’activité, la pression politique pour réduire le taux directeur pourrait s’intensifier, en raison des profils des gouverneurs et l’échéance présidentielle de fin d’année.

Les investisseurs ont bien interprété le discours de Jerome Powell. 

En effet, les conditions monétaires sont devenues plus accommodantes. L’aplatissement de la courbe des taux s’est prolongé et le taux 10 ans est inférieur à 1,60%, soit une baisse de 30 points de base en 2020. Surtout, la croissance annuelle des réserves excédentaires, dont le niveau a augmenté de 273 milliards de dollars depuis la mi-septembre, pourrait devenir positive. Historiquement, cette évolution s’est accompagnée d’une baisse de la monnaie américaine.

*Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI




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