Cet or qui brille

mercredi, 24.06.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

L’or brille de mille feux cette année. Depuis janvier, le prix de l’or a grimpé de près de 16% tandis que  presque toutes les matières premières s’enfoncent dans le rouge. Le gaz a perdu 55% sur la même période, le pétrole 35%, et le café 25%, pour n’en nommer que quelques-unes. A 1768 dollars l’once, l’or a retrouvé un niveau atteint pour la dernière fois en octobre 2012, peu après la célèbre annonce de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) de l’époque, relevant que la banque ferait «tout ce qu’il faut» pour sortir de la crise de l’euro.

Ainsi, le prix du métal jaune devrait normalement rester attractif compte tenu des plans de soutien sans précédent de la part non seulement des banques centrales mais également des gouvernements. En tout cas, c’est l’avis d’un grand nombre d’investisseurs, au vu des flux vers les fonds de placements investis en or qui en seulement cinq mois dépassent tous les records annuels. En volume, ces fonds détiennent 3510 tonnes d’or, un chiffre également record. 

Pourtant, il ne faut pas s’attendre à une montée linéaire et constante du prix de l’or, et le monde qui nous entoure plaide actuellement en faveur d’une approche prudente dans toutes les décisions d’investissements. Néanmoins, on peut remarquer que l’or a généré des rendements de 10% en moyenne par an depuis 1971, de 7% par an depuis 20 ans, et de près de 8% depuis 10 ans. L’or a surperformé le reste des matières premières sur ces périodes, a également dépassé les rendements obligataires américains, et ne n’est pas resté très loin des rendements boursiers américains. Ces performances historiques suggèrent que l’or n’est pas seulement un facteur de protection en temps de crise mais également une source de performance de long terme.

Au-delà de son rôle de valeur refuge, d’autres facteurs influencent le prix de l’or. Le facteur le plus important sur le long terme est la croissance des revenus y compris l’émergence d’une classe moyenne qui a fait de la Chine et de l’Inde les premiers pays consommateurs d’or du monde. De l’autre côté, il y a la problématique de l’offre qui peut se trouver étonnement limitée. Le monde a un stock d’or sorti de terre de 198.000 tonnes. Ce stock d’or tiendrait dans environ trois piscines olympiques et pourrait tenir sous la Tour Eiffel. Les réserves connues sous terre sont également limitées, à environ 54.000 tonnes. Si l’extraction du métal se poursuit au même rythme qu’en 2019, à 3300 tonnes, il resterait encore quelques six années d’exploitation minière. Cela ne signerait bien sûr pas la disparition de l’or car le métal est pratiquement indestructible et peut être recyclé et réutilisé presque sans fin. 

Le stock d’or mondial est majoritairement utilisé pour le joaillerie, à hauteur de 47% du total. Les investissements privés représentent environ 22%, et le secteur public (les banques centrales) 17%, les 14% restants sont consacrés à des fins industriels et autres. Parmi les banques centrales, la Fed détient en tonne le stock d’or le plus important au monde. Par contre, en gramme par habitant, c’est la Suisse qui se trouve en tête, avec 123 grammes, contre 25 grammes par habitant américain.

L’absence de rendement de l’or peut freiner l’enthousiasme des investisseurs qui doivent vendre leurs avoirs pour éventuellement réaliser un profit. De plus, pour investir dans l’or, il faudrait parier sur un affaiblissement du dollar car le métal jaune est normalement négativement corrélé au billet vert. A chaque investisseur sa couleur préférée.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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