Ces élections qui plongent les Etats-Unis dans l’incertitude

mercredi, 07.11.2018

Vincent Reinhart*

Vincent Reinhart

Les Etats-Unis sont coutumiers de ce type de «cohabitation». Au cours du siècle écoulé, cette dichotomie institutionnelle a prévalu pendant 50 années. Cette fois-ci, c’est un gouvernement extrêmement polarisé qui serait à la tête du pays sur les deux prochaines années.

Les comités des deux chambres enquêteront sur les réalisations du président, remettront en question les nominations et feront pression sur les dirigeants des agences fédérales pour qu’ils fassent marche arrière sur les questions de déréglementation. La publication des déclarations d’impôts du président Trump s’inscrira dans ce mouvement, ce qui ne manquera pas de faire la une des journaux et de susciter la colère de la Maison-Blanche.

Aucun projet de loi n’aura de chances d’aboutir, car ni les chefs de file du Capitole ni le président ne seront prêts à céder du terrain. Le Sénat coupera court à toutes les initiatives législatives manifestes de la Chambre des représentants qui donneraient l’occasion aux démocrates de préparer l’élection de 2020. Des dissensions pourraient toutefois apparaître dans les rangs républicains, qui comptent de nombreux prétendants à ce rendez-vous électoral. De son côté, Donald Trump aura davantage recours aux décrets présidentiels pour mener à bien certains projets. Ces mesures seront toutefois cantonnées aux relations internationales, notamment commerciales.

Ce scénario risque de peser sur l’activité économique et sur les marchés financiers pour deux raisons. En premier lieu, l’incertitude autour des politiques économiques constituera un obstacle évident à la prise de décisions dans le secteur privé. Les dirigeants d’entreprise et les investisseurs auront des doutes quant aux évolutions législatives et réglementaires, notamment en ce qui concerne l’application des textes déjà votés, comme avec la réforme fiscale de 2017, qui devrait entrer en vigueur en 2021. Dans ce scénario, l’ampleur de la victoire des démocrates à la Chambre des représentants sera importante car elle constituera un indicateur de l’issue possible de l’élection présidentielle de 2020.  Un fléchissement des investissements privés sera à prévoir, en particulier dans le secteur à forte intensité capitalistique de l’énergie, où les divergences politiques entre démocrates et républicains sont particulièrement marquées.

En second lieu, si le président durcit le ton sur le commerce et l’immigration, les droits de douane et les restrictions risquent d’entraîner une brusque augmentation des coûts pour l’économie américaine. Dans ce contexte, un ralentissement de la croissance économique semble incontournable, incitant la Réserve fédérale à réviser ses intentions de hausse des taux d’intérêt et les investisseurs à la prudence.

* Chef économiste, Standish (BNY Mellon IM)






 
 

AGEFI



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